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Shigeru Ban : ville en carton, ville recyclée, « ville préparée »

Face à des situations de crises, face à certains risques naturels qui pèsent sur des villes particulièrement exposées ou, devant la hausse croissante des coûts liés au logement et à sa mise en œuvre, de plus en plus de projets faisant appel au carton en tant que matériau de construction, voient le jour. Habitat d’urgence, modules de vie pérennes ou éphémères, lieux de rencontres, infrastructures,… et si le carton devenait un matériau symptomatique de la ville résiliente et « préparée » ?

Carton et Architecture : une rencontre japonaise

Ce n’est peut-être pas un hasard si l’utilisation contemporaine du carton en architecture naît au Japon. Un pays à la fois fortement marqué par les aléas naturels et imprégné par la « culture du papier ».

En 1985, alors qu’il travaille dans ses locaux, le jeune architecte et designer nippon, Shigeru Ban, découvre les vertus de ce matériau. Dans un coin de l’atelier, des « papier tube », ces rouleaux qui servent habituellement de support aux plans d’architecte,  attirent son attention :

« Un simple événement a provoqué une secousse sismique dans sa carrière d’architecte : sa rencontre avec le ‘papier tube’. L’architecte découvre alors les vertus de ces rouleaux d’épais carton […]. Ils s’avèrent assez solides pour réaliser des maisons, église, galeries ou dôme… »

(Extrait de la monographie Shigeru Ban : Paper In Architecture)

Après plusieurs mois de recherches, d’expérimentations sur ces tubes et la visite d’une usine (il découvre que ces produits à base de papier recyclé son bon marché et qu’ils peuvent être fabriqués dans presque toutes les longueurs, tous les diamètres et toutes les épaisseurs) Shigeru Ban parvient à en extraire un composant structurel capable de supporter des charges lourdes et de développer de vastes ossatures de carton.

Le module PTS (Paper Tube  Structure) voit alors le jour et sera quelques années plus tard, homologué par le Ministère japonais de la Construction.

Le tremblement de terre de Kobé : de l’art à l’art dans l’urgence

En 1995, la région de Kobé est frappée par un des plus violents séismes de l’histoire du Japon. A cette époque, Shigeru Ban développe déjà depuis quelques années ses structures de carton sur des édifices publics et participe à la réalisation d’habitats d’urgences en marge des camps de réfugiés lors de la guerre du Rwanda, une année plus tôt. Ces catastrophes, politiques et naturelles, vont bouleverser son travail et ses orientations.

A Kobé, sur les lieux de la ville ravagée, Ban devient un « architecte de l’urgence » donnant à son travail et à ses précédentes expériences, une nouvelle dimension qu’il ne cessera de réinterroger à la faveur de ses futures interventions et de leurs contextes :

« Après le tremblement de terre de Hanshin (ou de Kobé), je me suis porté volontaire et j’ai construit, avec des étudiants venus de tout le pays, la « Paper Church, » centre communautaire, et la « Paper Loghouse, » abri temporaire, sur le site d’une église détruite. »

Grâce au carton, à ses propriétés, à sa légèreté et à la rapidité d’assemblage des modules de l’architecte par tout un chacun, la Paper Loghouse devient très vite une alternative à d’autres types d’hébergements d’urgence, souvent plus précaires, moins bien isolés ou encore trop coûteux.

Avec l’aide des réfugiés, des étudiants en architecture et des bénévoles montent rapidement les 26 abris (il faut à peine 8 heures pour construire 6 logements) grâce à la simplicité des notices, modifiant parfois des détails pour mieux se les approprier. Montés sur des caisses à bière en plastique remplis de sacs de sable qui en assurent l’étanchéité et  l’assise, les murs en tubes de carton sont reliés par des tiges métalliques boulonnées et portent une simple charpente soutenant une toile.

Depuis le tremblement de terre de Kobé et à force de projets qui ont permis à Ban d’éprouver sa technique ( voir également la cathédrale transitionnelle à Christchurch), l’habitat d’urgence en carton, souvent allié à d’autres matériaux comme la toile, l’acier ou le bois, est devenu une figure emblématique de la contribution humanitaire de l’architecte aux sociétés en proies aux crises et aux catastrophes naturelles…

La solution du carton et du recyclage pour des villes résilientes et « préparées » ?

De nombreuses expériences, parmi lesquelles, celles emmenées par Shigeru Ban, ont montré que le carton, sinon les matériaux légers issus du recyclage, disposaient en germe, au travers des mises en œuvre qu’ils permettaient, de solutions pour les villes en situation de fragilités et/ou d’urgence.

Architecture des « pays à risques » et des « pays en développement » qui doivent faire face à l’explosion démographique des villes et à la précarisation croissante d’une frange urbaine de leur population, l’art du recyclage et de l’usage des matériaux légers de construction réinterroge nos propres façons de faire.

Car s’est bien dans ces pays sans doute, que se joue une partie de l’avenir des villes résilientes, des villes telles que désormais, l’envisagent (même à minima) la plupart de nos documents cadres et de nos orientations en matière d’urbanisme.

Faire avec moins d’argent, dans des contextes économiques parfois fragilisés et à l’avenir incertain, tout en réduisant l’impact de notre empreinte sur l’environnement et nos perturbations sur les milieux, etc. Autant d’enjeux contemporains, chargés de paradoxes, qui plaident évidemment pour une architecture plus légère, plus flexible, mais aussi plus durable…, et de fait recyclable.

Catégorie:Architecture
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L'auteur
Josselin Thonnelier

Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.

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