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Le paradoxe de l’Empire du Milieu

En France, plus une famille a d’enfants, plus l’Etat lui offre différentes aides financières. Ces aides sont d’autant plus importantes si les conditions de vie des familles sont insuffisantes. Mais souvent, et c’est tellement dommage, les familles nombreuses préfèrent investir cet argent dans un écran plat full HD Dolby Surround ou une voiture sportive, plutôt que dans la scolarisation de leurs enfants ou dans l’achat d’un appartement de qualité, etc. A la recherche du coupable entre le donneur (l’Etat) et le receveur (la famille), je me suis dit qu’il s’agirait plutôt du modèle de croissance urbaine occidental et capitaliste, adopté par la France depuis la naissance de la République (hymne national, la main sur le coeur, …). Et puis, j’ai pensé à l’Empire du Milieu et sa politique très stricte de l’enfant-unique.

Je me suis donc demandé quel serait, à long terme, l’impact du modèle de croissance urbaine Chinois sur leur système économique. Quelles sont les conséquences sur la société et les limites d’un tel modèle ? Enfin, devons-nous repenser notre société d’après la soi-disant future première puissance mondiale ?

Une famille chinoise classique.

Un désastre économique latent

Depuis 1979 et la « politique de l’enfant unique », plus une famille chinoise a d’enfants, plus elle doit payer une taxe à l’Etat et lui prouver qu’elle dispose d’assez de ressources pour subvenir aux besoins du nouveau né, de sa naissance à l’âge adulte. Alors voilà, le modèle chinois est certes totalitaire et radical, mais il présente au moins deux avantages : – (1) – la démonstration d’une stabilité financière durable et – (2) – de limiter le nombre d’individus et donc de (pseudo)maîtriser la consommation nationale en ressources de matières premières. Comme si la simple motivation de vouloir fonder une famille nombreuse par amour, ne suffisait plus. Vous imaginez une famille de mormons à Pékin ? Non, bien sûr que non. Mais remettons les choses dans l’ordre, la Chine est loin d’être un modèle parfait de gestion de la croissance urbaine. Lisez plutôt :

D’après Les Atlas des Futurs du Monde de Virginie Raisson (chercheuse-analyste en relations internationales, directrice de Lépac) : « Les données officielles lui attribuent [à la Chine] une chute du nombre moyen d’enfants par femme de 2,75 en 1979 à 1,8 en 2006. Sans cette baisse, on calcule que la population chinoise aurait pu compter jusqu’à 1 milliard d’individus supplémentaires en 2030. […]Paradoxalement, c’est au moment même où les rapports inter-générationnels se trouvent ébranlés par la modernisation du pays et par sa démographie que celui-ci devrait pouvoir s’appuyer sur les solidarités familiales pour affronter son vieillissement. […] L’évolution sera même si rapide que d’après les Nations Unies, la Chine abritera alors 22,9% des plus de 65 ans dans le monde pour seulement 16,6% de la population. »

 

Répartition de la population Chinoise par classe d'âge, de 1950 à 2050

 

« (…) le manque de filles en Chine procède sans doute aussi de tendances eugénistes familiales anciennes que le contrôle des naissances est venu légitimer et amplifier. Sans qu’il soit possible de donner une mesure précise des pratiques utilisées pour limiter le nombre d’enfants par foyer (avortement, stérilisation, abandons, sous-enregistrement, voire infanticide), on estime qu’elles ont privés la Chine d’environ 10 millions de filles en vingt ans. »

Évolution du déficit de femmes en Chine, de 1960 à 2050

 

Ainsi, l’impact sur l’économie chinoise sera désastreux. Les jeunes actifs devront prendre en charge à la fois l’éducation de leurs enfants et les retraites de leurs parents ET grands-parents. Sans revenir sur les épisodes des émeutes et grèves en France sur la réforme des retraites, je préfère vous parler d’un programme TV européen, diffusé sur la RBC (télévision allemande) « ON/OFF », dont le but était de rappeler que les jeunes ne veulent plus financer les pensions de leurs grands-parents, ni les croisières sur le Nil et les greffes osseuses de leurs parents. Regardez plutôt :

D’un extrême à un autre

La Chine comptait dix actifs pour un retraité en 1993, elle n’en compterait plus que deux en 2040. Les dépenses consacrées aux personnes âgées capteront une part importante et de plus en plus forte du PIB, contribuant au ralentissement économique du pays tout entier. La Chine risque donc fortement d’être vieille avant d’être riche et instable avant d’être première puissance mondiale. Bref, un vrai paradoxe urbain où le conditionnement de la croissance urbaine chinoise va conduire à sa dégénérescence. L’Empire du Milieu pourrait peut-être même proposer un nouveau type de réforme complètement dingue du style, « après l’enfant unique, un vieux unique par famille ».

Personnes âgées chinoises, vigoureusement pleines de vie !

On est pas loin du film de science-fiction des années 1970 : The Soylent Green. Dans cette vision du futur (New York, 2022), l’euthanasie est légale (et fortement conseillé), les personnes âgées meurent « paisiblement » sur un fauteuil puis sont directement acheminées à l’usine, pour enfin être transformées en gélules nutritives. L’analogie est frappante. En quelque sorte, le film se demande : Faut-il tuer les vieux au bénéfice des jeunes ? C’est peut-être ce qui attend la Chine. Si le film situe cette tragédie en 2022, on peut’imaginer qu’elle se produise progressivement en Chine autours des années 2030-2040. Evidemment, je ne rêve pas d’un remake de Soylent Green.

Une solution urbaine ?

Je pense que l’urbanisme est capable de palier à ce désastre économique latent. Comme le disait ce grand homme Bjarke Ingels (qu’on ne se lassera jamais assez de citer), est-ce-que notre rôle, à nous les enfants-urbanistes, n’est pas justement d’« imaginez un monde où ce ne serait pas à la société de s’adapter aux design urbain, mais au design de s’adapter aux besoins complexes de la société ». Si les besoins de la société sont de ne pas la laisser vieillir ni rétrécir, alors allons-y ! Construisons une société où « the more energy we use, the more energy we get » (BIG). La croissance urbaine cohérente réside sans doute à travers le contrôle et la maîtrise des flux de ressources primaires entrants et sortants de la ville, à l’image du principe de métabolisme urbain (que j’apprécie tant et dont les détails sont expliqués ici ou ). Un étalement urbain contrôlé, respectueux du paysage et de ses trames bleues, elles-mêmes fondatrices et génératrices d’une trame verte et d’un urbanisme de mixité d’activités et sociale, et pas forcément dense.

Enfin, nous savons très bien que les jeunes de demain ne se trouveront plus au Japon, en Allemagne ou en Chine mais en Inde et en Afrique Sub-Saharienne. Alors, si la population des autres pays vieillit, le cycle de vie doit pouvoir se renouveler plus vite en permettant une libre circulation des flux humains et l’élargissement des frontières politiques et géographiques. Bref, une sorte de mondialisation 2.0 ! Pas si simple.

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L'auteur
Bruno Morleo

Rédacteur et associé / Diplômé en Master Génie Urbain, spécialité développement urbain durable - Chargé de mission Développement Durable au sein d'une collectivité territoriale.

1 Discussion

  • 8 mars 2011 à 11:00
    jeremy berdou

    Pour revenir sur le premier paragraphe, c’est peut être un peu péremptoire de dire que les ménages préfèrent (souvent) investir leurs aides dans des écrans à la place d’un logement. Les aides ne sont ni suffisantes pour cela, ni des garanties bien recevables pour un banquier (et bizarrement, plus elles sont importantes, moins elles sont crédibles, curieux…).

    J’avais lu une étude il y a quelques années qui estimait à 180 000 € le coût moyen d’un enfant jusqu’à la fin de ses études. Inutile de dire que ce ne sont pas les aides de l’Etat qui peuvent inciter les plus démunis à avoir des enfants… sans compter qu’en occident, ces derniers ne sont pas des ressources pour leurs parents.

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