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Kaec : une ville 100% privée

Comme un écho récent au projet « Zee Town » de Mark Zuckerberg, celui d’une ville privée qui réunirait au sein d’un même espace toutes les fonctions et les services d’un véritable pôle métropolitain labellisé « Facebook », des cités totalement privées émergent ça et là, préfigurant peut être, la façon dont s’organiseront les territoires urbains de demain dans certains pays en développement.

Gérer une ville, comme l’on gère une entreprise à part entière n’est pas une idée neuve. Aux Etats-Unis, pays de l’ultra-libéralisme convaincu, le modèle de la « ville-entreprise », symbolisé par ces quartiers fermés dont la gestion s’avère souvent complètement privatisée et ou de vastes espaces sont gérés sous la forme de copropriétés, a ainsi plusieurs dizaines d’années.

Mais là où, dans le cas des « gated communities » ou celui des Common Interest Developments, seuls des morceaux de villes et certains aspects de leurs fonctions tombaient dans le giron de la « gestion d’entreprise », les villes-privées vont aujourd’hui bien plus loin.

Une ville cotée en bourse

En Arabie Saoudite, une ville sort rapidement de terre sur les bords de la Mer Rouge. A première vue, rien ne la différencie de ses voisines, pourtant, King Abdullah Economic City (ou Kaec) est une entreprise à part entière née d’un partenariat public-privé entre l’Etat saoudien et un groupe immobilier dubaïote.

Cette ville qui s’étend sur 180 km² et qui ne compte pour le moment que 4 000 habitants (mais espère en accueillir 2 millions d’ici à 2035), n’a pas de municipalité mais dispose d’un PDG pour maire, celui d’Emaar Economic City, chargé de gérer la cité comme on fait vivre une boîte ordinaire. D’ailleurs, la « petite affaire » est introduite pour 30% de ses parts, à la bourse saoudienne depuis 2006 et le lancement de son projet.

Là-bas, les habitants et les entreprises ne paient pas de taxes, mais à l’instar des copropriétaires d’une résidence seniors, des « frais de services » pour l’eau, les loisirs, la collecte des ordures ou la sécurité que la « ville-entreprise » sous-traite à des prestataires.

Des territoires privés

La ville privée, c’est un peu le vieux rêve des libertariens et de l’ultralibéralisme, celui-là même qui imagine, demain, des îles-états totalement artificielles, n’obéissant plus qu’à leurs propres règles, qu’à leurs propres normes.

Ces espèces de territoires soumis aux lois uniques des marchés, c’est exactement ce qu’envisageait en 2012 et après la signature d’un mémorandum d’accord controversé, le Honduras, sous la forme de « régions spéciales de développement » qui ne concéderaient plus rien à l’autorité de l’Etat mais possèderaient leurs propres régimes de fiscalité et de légalité.

De ces territoires devraient naître des « villes modèles », comme le soulignait un article du Monde Diplomatique de 2011, « … des charter cities […] où ces investisseurs, nationaux et étrangers, érigeront leurs usines et leurs ateliers, mais aussi les infrastructures, logements, commerces, écoles, cliniques et services nécessaires à une main-d’œuvre poussée là par le chômage. Etant entendu que cette enclave possédera ses propres lois, ses tribunaux, sa police, son gouvernement — et ne paiera pas d’impôts au pays d’accueil ».

S’inventer de nouveaux cadres de vie

A  de nouvelles échelles qui dépassent de loin les frontières des quartiers privatisés tels qu’il en existe des milliers d’exemples sur tous les continents, les villes privées  qui s’annoncent devraient permettre à ceux qui le souhaitent et qui disposent des moyens pour le faire, de s’inventer de nouveaux cadres de vie exclus du domaine de l’insécurité parfois fantasmée.

Dans ces villes, celle de Kaec en Arabie Saoudite, assujetties toutes entières à des logiques commerciales, leurs habitants ne voteront pas. Simplement, on achètera leur adhésion à une certaine gouvernance par le biais des prestations pour lesquelles chacun paiera ce qu’il estimera nécessaire à la satisfaction de ses attentes, en matière de services, d’accès au luxe et de garanties de vivre dans des environnements sociaux homogènes.

Pour le moment, il est impossible de dire si ces modèles fonctionneront, tant ils sont jeunes. A Lavasa, en Inde, cette ville nouvelle totalement privatisée, de son campus jusqu’à ses services, on compte pourtant aujourd’hui plus d’investisseurs que d’habitants, preuve s’il en est que le territoire demeure davantage un produit spéculatif qu’un lieu réel d’habitat…

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L'auteur
Josselin Thonnelier

Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.

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