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La « politique de peuplement » est déjà à l’oeuvre

C’est un ensemble de collectifs, comme il y en a ailleurs. Des immeubles, des barres sur cinq ou six étages et des balcons, desquels pendent quelques pantalons encore trempés. L’ANRU est passée par là. Il y a de la couleur quand tout était gris avant et des jeunes arbres là ou se tenaient autrefois des logements vétustes. A voir les gosses qui jouent et qui se marrent aux pieds des façades isolées par l’extérieur, on se dit que les choses vont mieux…

Dans les faits, disons, derrière la peinture et le travail conséquent porté à la qualité des espaces publics, au désenclavement du quartier ou à la résidentialisation de certaines constructions, les situations sociales n’ont pas vraiment changé.

Longtemps, ici comme ailleurs, ont a pratiqué une politique de peuplement en sourdine. On a fléché leurs lieux d’habitation à des familles selon leur niveau de revenus, mais aussi selon leurs origines. Tout se passait dans le cadre feutré des commissions d’attribution. Et comme c’était le cas dans de nombreux quartiers prioritaires, notamment de la région parisienne, on faisait tout ça, en toute illégalité, avec l’accord équivoque des élus et des maires.

Aujourd’hui, il faudrait revenir à une autre politique de peuplement pour casser la précédente, évoquait sans sourciller le Premier ministre.

C’est oublier que cette politique est déjà à l’œuvre dans les quartiers sensibles que l’on rénove ou que l’on a rénové. Sans jamais faire référence aux origines (la loi l’interdit explicitement), on tente en effet d’inverser depuis 2003 et le lancement du Plan national de rénovation urbaine, la tendance qui voulait que, « le ghetto ethnique » c’était mieux pour tout le monde.

A la périphérie du quartier, il y a un joli terrain. Ici, on veut changer l’habitat pour changer d’habitants. On a démoli une barre entière de collectifs pour développer le projet d’un grand constructeur privé. Quelques lots, en fait pas grand chose, un immeuble de logements que les urbanistes qualifient « d’intermédiaires ».

Sans vraiment le dire, ce projet dessine les contours de la politique de peuplement à laquelle Manuel Valls faisait récemment référence et que le PNRU s’est employé indirectement à favoriser en proposant du neuf et du beau mais pas forcément pour ceux qui vivaient ici.

Sur le panneau du futur chantier planté au droit du terrain, le programme immobilier annonce la couleur. En jouant sur la typologie des logements de petite taille, sur les loyers élevés pour ceux que l’on destine au marché locatif, ou sur les conditions d’accès à la propriété, on saisit immédiatement ce que cela signifie en termes de relégation sociale pour les familles issues de l’immigration qui disposent d’un budget limité.

Le projet ne verra jamais le jour, faute de réservations sur la pré-commercialisation du produit. Personne ne veut venir s’enterrer ici. De toute façon, les classes moyennes ont le choix d’aller habiter ailleurs.

Le quartier accueille du monde. Mais ce sont toujours les mêmes. Les déshérités, les bénéficiaires du Droit au logement opposable, les familles issues de l’immigration. Bien sur, on a démoli du logement social dans l’idée de reconstruire ailleurs, parce qu’il faut bien diluer cette pauvreté sur le territoire. Pourtant, les terrains manquent et les projets tardent à émerger…

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L'auteur
Josselin Thonnelier

Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.

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