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Le Bénin, terre de l’urbanité vaudou, rêve de High Tech.

Aujourd’hui, le « vaudou » représente plus de 50 millions d’adeptes dans le monde, dont le berceau est au Bénin. Plus qu’une simple poupée magique de torture, le vaudou représente en réalité une urbanité « Low Cost Low Tech » à part entière, participant pleinement à l’identité d’une nation. Lisez plutôt :

« Le vaudou désigne l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. (…) Le Vaudou peut être décrit comme une culture, un héritage, une philosophie, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites. » (Source : Wiki).

Cette urbanité puise ses sources dans une paradoxale Nature surnaturelle, celle que l’on ne rencontre que dans un état de transe, de rêve ou de cauchemar, d’illusion ou de mirage. Entre spleen et idéal, on se frotte enfin à une urbanité poétique.

Danse traditionnelle vaudou lors du "Benin Voodoo Festival".

La faiblesse du Vaudou

D’après les études du Groupe Banque Mondiale réalisées en 2009, le Bénin serait passé d’un PIB de 2,2 milliards de dollars à 6,7, en l’espace de dix ans. Certains pensent que cette belle envolée économique serait due à un nouveau gouvernement démocratique très apprécié, voire envié, de toute l’Afrique Subsaharienne. Légitime. Mais je pense sincèrement que l' »urbanité vaudou » a quelque chose à voir là-dedans. En effet, la force du vaudou a offert l’opportunité aux populations d’évoluer suivant une intelligence fondée sur le « do it yourself » et non sur l’assistanat des NTIC.

Mais la poésie de cette urbanité s’arrête là où commence l’art débrouillardise et donc l’art de la magouille, car 95% de son système économique est informel. C’est pourquoi, le jeune peuple d’Afrique de l’Ouest tourne de plus en plus le dos à la philosophie vaudou et aux pratiques frauduleuses du Low Tech débrouillard, et n’a d’yeux que pour la High Tech. Triste mais inévitable je le crains !

La force de la High Tech

La haute technologie, son internet, sa 3G mobile, sa médecine, etc. suscitent la curiosité et l’envie de toute l’Afrique. Souvenez-vous de l’impact des réseaux sociaux lors des révolutions des pays d’Afrique du Nord cet hiver/printemps qui, tour à tour, se sont mobilisés et organisés de façon inédite et incroyablement rapide. Facebook n’avait pas attisé la flamme de l’indignation ou de la révolte, il a simplement servi d’outil de communication, une sorte de « propagande » moderne, afin de mobiliser et rassembler au même endroit, au même moment un maximum de révolutionnaires. Aujourd’hui, une bonne partie de l’Afrique rêve de révolte et tout le monde « remercie Facebook ».

"Thank you Facebook" lors des révolutions en Egypte, février 2011

L’Afrique Subsaharienne souhaite suivre le modèle occidental et asiatique afin d’engendrer, à son tour, une génération hyper-connectée ; et bénéficier d’un développement urbain et humain durable. Lisez plutôt :

« Lorsque l’Afrique du Sud a mmis en vente sa première licence 3G, en 2004, suivie trois ans plus tard, du Maroc, du Nigeria et du Kenya, beaucoup d’observateurs se sont interrogés sur cette opportunité, dans des marchés peu matures et à faible connectivité à Internet. La demande a pourtant suivi et elle devrait bientôt exploser. Selon l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), 29 millions de personnes sont abonnées à des services Internet haut débit sur mobile en Afrique, contre 7 millions en 2008. Et, d’ici à 2015, il y aura 265 millions d’abonnements haut débit sur 842 millions d’abonnés, prévoit le cabinet Informa T&M.

Dans son étude mensuelle sur l’état de l’Internet mobile datée de décembre dernier, la société Opera, qui édite le logiciel du même nom, indique que les dix principaux pays consommateurs d’Internet mobile en Afrique ont vu le nombre d’utilisateurs uniques augmenter de 176% en 2010 et les informations transférées croître de 331%. Elle précise que la gourmande 3G est moins utilisée que le GPRS et Edge, de deuxième génération, pour faire tourner son logiciel.

Mais, grâce aux multiples projets de câblage sous-marin du continent à la fibre optique en cours, financés par les opérateurs mobile, la connectivité va exploser d’ici à deux ans. L’histoire ne dit pas si cela va enfin booster l’usage micro-ordinateur ou si seuls les téléphones et les smartphones vont en profiter. » (extrait de l’article intitulé « Télécoms : Opérateurs cherchent clients non connectés » tiré du Hors Série Business n°2 par le magazine Afrique Magazine, datant du mois de mai 2011).

Répartition de l'Internet et téléphone mobile en Afrique. Source : whiteafrican.com

 

Alors certes, la High Tech en Afrique est indispensable ne serait-ce que pour développer les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de la médecine et de la politique… Ainsi soit-il, le monde entier continuera donc toujours de rêver des occidentaux. Et moi qui pensait que « l’occident était fini« …

Paradoxe de l’Internet en Afrique de l’Ouest

« En Afrique, le développement du téléphone mobile ne fait pas de miracles« , comme le rappelle si bien Hubert Guillaud dans son excellent article publié sur LeMonde.fr. Effectivement, des barrières sociales et culturelles empêchent d’accepter le téléphone comme un moyen légitime de communication. Dans de nombreuses cultures de tradition orale, comme celle du vaudou au Bénin, le face à face est important. Comment danser ensemble avec smartphone ? Pourtant, les mobiles permettent également à de nombreuses femmes de consolider leur indépendance, la lutte contre le harcèlement et la violence à l’égard des femmes via le programme Take Back The Tech.

Paradoxalement, « le coût des communications est d’autant plus lourd à porter pour les femmes qu’il faut la comparer à leurs propres revenus alors que la plupart ne travaillent pas et ne sont pas capables de les payer, étant plutôt chargées de s’occuper des enfants et de la maison. La pratique d’envoyer un SMS pour se faire rappeler, par exemple, nécessite un minimum d’alphabétisation et demande d’avoir des relations qui ont elles-mêmes accès à un mobile.(…)

Ainsi, « si les téléphones mobiles permettent bien à de nombreuses femmes des pays en développement d’avoir un meilleur accès à de l’information ou à la communication, ils ne sont pas une panacée pour lutter contre la pauvreté ou la disparité entre les sexes, en tout cas pas pour la totalité des individus, notamment ceux les plus pauvres. » (Plus de détails concernant les mythes et réalités des usages mobiles en Afrique voir aussi ici).

Si l’Afrique rêve de High Tech, elle est aujourd’hui la terre d’accueil des déchets électroniques.

Difficile donc de faire la part des choses entre enjeux économiques, développement urbain et humain et acceptation d’une telle urbanité virtuelle ; dont la plupart des populations pauvres en seraient totalement mis à l’écart. Un joli paradoxe cette High Tech en Afrique Subsaharienne, habituée au Low Tech.

C’est pourquoi je crois en un Bénin hybride. Un Bénin mêlant ce que le pays désire : l’Internet mobile, le développement urbain et humain et compagnie ; avec ce que le pays est : un « Voodoo Child« .

Toward The Google Voodoo Town

Revenons à notre PIB de 6,7 milliards de dollars. Cette somme représente, selon le classement des plus grands milliardaires de la planète en 2011 réalisé par le magazine Forbes, un poids économique deux fois moins important que la fortune d’un homme comme Mark Zuckerberg (Facebook – $13,5B), 1/3 de moins que Steve Jobs (Apple, $8,3B). Le Bénin représente autant d’argent que JC Decaux ($6B), un peu plus que Nitendo etc… Ainsi, peut-on imaginer qu’un jour notre « Voodoo Child », à la conquête de High Tech et de développement urbain et humain durable dans son pays, se fera phagocyter par une enseigne multinationale plus riche ?

Cela donnerait quoi si un jour un acteur privé aussi puissant que Nike, Virgin, Sony, Google ou même Facebook décidait un jour d’installer son « atelier » en investissant un pays tout entier ? Autrement dit, ce serait une sorte de « sponsorisation » du Bénin par Google. Après Masdar à Dubaï et sa vitrine superficielle mondiale de l’eco-conception, il est probable qu’un jour la première Google Town, et sa vitrine superficielle mondiale de la géo-localisation – de Google-car, réalités augmentés et que sais-je d’autres googlités – se trouve un jour au sein d’un petit pays en forme de parties génitales masculines (voyez par vous-même).

D’un côté le Bénin, aveuglé par sa tentation au développement de la High Tech dans son pays, de l’autre Google qui saisit l’opportunité de signer un gros contrat PPP. L’effet vaudou de Google ne serait plus subliminal mais très explicite.

Je fais appel à votre âme d’enfant-urbaniste, plus que ça je suscite votre curiosité de VOODOO CHILD afin que vous me proposiez vos visions et imaginaires de la future Google Voodoo Town. C’est quoi le Bénin Hybride de demain ?

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L'auteur
Bruno Morleo

Rédacteur et associé / Diplômé en Master Génie Urbain, spécialité développement urbain durable - Chargé de mission Développement Durable au sein d'une collectivité territoriale.

2 Commentaires

  • 4 juillet 2011 à 20:59
    EVRARD Pierre-Alexandre

    Très intéressant. Sujet qui demande réflexion.

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