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La toiture végétalisée de la Seine Musicale

De l’utilité des toitures végétalisées

En 2012, déjà, nous évoquions dans ces mêmes colonnes l’engouement pour la reconquête des surfaces perchées, dans une optique de penser l’urbanisme « par le haut ». Ce constat est encore tout à fait d’actualité.

La toiture de nos bâtiments retrouve ses galons au sein de l’architecture contemporaine. Elle n’est plus uniquement cantonnée dans sa mission originelle de couverture. Envisagée comme un sol à part entière, on lui autorise désormais de nombreuses fonctions.

Le développement des politiques de nature en ville s’inscrit dans cette logique et marque un regain d’intérêt supplémentaire pour la végétalisation des toitures.

Green Roofs Verified Ecosystem Services

Baptisée GROOVES (pour Green Roofs Verified Ecosystem Services), une étude publiée en 2021, s’est attachée à ausculter 36 toitures végétalisées. Objectif : mieux comprendre les bénéfices apportés par ces nouveaux écosystèmes urbains.

Il faut dire que les idées reçues sur ce type de dispositifs sont nombreuses : « uniquement esthétiques, difficile à adapter, réservées à certains climats, demandant beaucoup d’entretien etc. » Au contraire de ces clichés, de nombreux services ont pu être évalués par l’Agence Régionale de la Biodiversité (ARB ÎDF) et ses partenaires sur ces différents sites.

École élémentaire Rosalind Franklin –
Ivry-sur-Seine (94) © Marc Barra | ARB îdF

Les 36 toitures choisies pour l’étude, l’ont été en fonction de leur typologie, afin de disposer d’un panel varié. La profondeur du substrat permet notamment de déterminer le type de toiture.

La toiture de l’école des Boutours à Rosny-sous-Bois étudiée dans le cadre de l’étude GROOVES
© Audrey Muratet | ARB îdF

D’extensive à intensive en passant par le « Wild roof », (Des toitures sur lesquelles pousse une flore spontanée), entre 2017 et 2019, de mai à juillet, les naturalistes et écologues ont effectué de multiples relevés sur la flore, la faune, les mycorhizes (champignons), les bactéries du sol et d’autres fonctions écologiques.

Faune & Flore

Au total, ce ne sont pas moins de 400 espèces de plantes qui ont été recensées au cours de l’étude, dont un nombre important de plants spontanés. C’est à dire transportés par le vent ou la faune. Cette distinction entre plantes spontanées et plantées initialement aide à comprendre le fonctionnement de l’écologie des toitures et donne des indications sur leur capacité d’accueil pour la biodiversité urbaine.

La Crépide capillaire (Crepis capillaris) contraste avec les Sédums
de la toiture du Parc des expositions de Paris Villepinte
© Audrey Muratet | ARB îdF

Du côté de la Faune, les chercheurs ont dénombré 611 espèces d’invertébrés, confirmant ainsi le rôle des toits végétalisés dans l’accueil d’une biodiversité variée en milieu urbain.

Gérer les eaux pluviales et rafraichir ?

L’analyse des substrats en laboratoire a également permis d’apporter un éclairage sur le potentiel de gestion des eaux pluviales de ces toitures. L’épaisseur et le type du substrat sont ici les deux paramètres essentiels. La synthèse des résultats amène à penser que pour une forte capacité de rétention d’eau, la profondeur minimale du substrat doit se situer autour de 30 cm. Et entre 10 et 30 cm pour une capacité de rétention moyenne.

Carotte de substrat sur le bâtiment Mozinor
© Marc Barra | ARB îdF

Enfin, sur les différentes toitures étudiées, seulement 6 présenteraient des valeurs d’évapotranspiration intéressantes. Ce qui leur permettrait d’être en capacité de rafraîchir la surface de toiture. À l’échelle de la ville, la contribution au rafraîchissement urbain par la végétation aérienne semble donc minime par rapport à celle d’autres espaces de nature au sol (alignements d’arbres, espaces boisés, etc.).

Pas de recette miracle

Si la toiture végétalisée n’apparaît pas comme un remède miracle à tous les maux de la ville, cette étude montre qu’il est possible de concevoir ces dispositifs comme des espaces complémentaires aux autres espaces verts urbains. Les toitures végétalisées peuvent ainsi servir d’habitats de substitution ou de refuges urbains. Bien plus que la simple « esthétique », ces espaces atypiques peuvent offrir de multiples avantages écologiques.

Réalisation d’un sur la toiture de la Cité de la mode et du design à Paris
© Gilles Lecuir | ARB îdF

Il n’y a donc pas de « recette idéale », mais on constate toutefois que la typologie du substrat et son épaisseur sont deux paramètres à ne pas négliger lors de la conception. Surtout si l’on porte l’objectif d’optimiser les bénéfices d’une toiture végétalisée. Par ailleurs, comme le concluent très justement les auteurs, l’effet de mode entourant la végétalisation du bâti ne doit pas servir de caution verte à des projets d’aménagement contribuant à l’artificialisation des sols.

Retrouvez l’étude complète GROOVES ainsi que son résumé en cliquant ici

Photo de couverture : la toiture végétalisée de la Seine Musicale – Le Blog de Boulogne

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La « gamification » au chevet des mobilités actives
L'auteur
Edouard Malsch

Urbaniste, Géographe, Co-Fondateur & Community Manager pour UrbaNews.fr.

1 Discussion

  • 15 avril 2022 à 08:46
    Mi

    Bonjour, la question à laquelle on trouve difficilement la réponse est « combien ça coûte ? ». L’Agence de l’eau Seine-Normandie subventionne à 80% le surcoût d’une toiture végétalisée en copropriété. Elle ne subventionne pas la phase d’étude. Résultat : 0 dossier soumis en quelques années. Quel est l’ordre de grandeur du surcoût ? Le reste à charge ? L’impact sur les garanties décennales des couvreurs ? La coordination à avoir avec le couvreur ? Quels sont les frais d’entretien annuels ? On comprend les avantages, généralement bien détaillés. Ecrivez-nous un article sur les frais ! Merci !

    RÉPONDRE

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