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Innovation urbaine : Open is the new Green !

La culture collaborative et le jeu d’acteurs prennent de plus en plus de place dans les processus de conception urbaine. Une approche plus ouverte et dynamique qui permet de mieux prendre en compte l’évolution des modes de vie, des usages, de l’histoire, de l’héritage et de tout patrimoine immatériel.

Et si la marque « open » (culture collaborative et computationnelle) surpassait celle du « green » () ?

La culture de l’innovation évolutive

La notion d’ouverture est de plus en plus ancrée dans la conscience collective, si bien que lorsqu’il s’agit d’associer une idée innovante à une opération, on s’oriente davantage vers sa propension à générer de la valeur ajoutée pour son environnement plutôt que sa performance en tant que simple objet. En liant les aspects à la fois classiques (green design) et nouveaux (open design) du développement durable, les choix programmatiques et morphologiques employés au projet permettraient d’adapter ses fonctions en lien avec son environnement direct à court et à long terme, adaptable aux besoins actuels et aux futurs tendances.

Aujourd’hui, c’est à travers la méthode de conception d’un projet, son protocole d’évaluation, son suivi, son ouverture au reste du territoire et sa réplicabilité qu’un projet est estimé innovant ou non. L’innovation ne consiste donc pas uniquement à introduire un élément nouveau et utile vers un but clairement défini mais de la penser comme un processus continu, où le chemin et la destination ont une même importance, évoluant tous les deux en permanence.

Comprendre le processus d'innovation. Source : Bruno Morleo pour Franck Boutté Consultants

Comprendre le processus d’innovation. Source : Bruno Morleo pour Franck Boutté Consultants

L’innovation est évolutive. Dépendante de ressources (les antécédents), elle met en place un projet, et génère, sans en être nécessairement responsable, des externalités potentielles (les dérivées). La transformation de ces antécédents puise sa force dans la mise en synergie des dispositifs urbains, si divers soient-ils. Ce sont donc les mécanismes de péréquation qui donnent naissance aux innovations, et non l’inverse.

Processus de conception Open Source : l’exemple du Wikibuilding

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer Alain Renk, co-fondateur d’UFO (Urban Fabric Organisation) et de HOST Architecture, en plein bouillonnement d’idées pour leur réponse au concours « Réinventer  », avec le projet Wikibuilding

Tel un démonstrateur des tendances actuelles tant au niveau des formes (dispositifs architecturaux flexibles) qu’au niveau des fonctions (programmation évolutive en lien avec les acteurs locaux), le projet #Wikibuilding tisse la toile d’un réseau de partenaires ouverts à l’innovation collaborative.

[UrbaNews.fr] Comment est apparue l’idée de monter une agence qui mélange les domaines de l’architecture et de la culture collaborative

[Alain Renk] La fabrication collaborative est une utopie qui s’est réactivée dans les années 60 avec l’alliance de l’argent, du soleil et de la contestation . Le fait est que cette utopie est évidemment née avant avec la démocratie imparfaite d’Athènes et qu’elle continuera bien après nous. Ce qui est intéressant c’est que cette collaboration sera toujours imparfaite, donc à parfaire c’est à dire vivante. Il y a des formidables avancées comme Wikipedia, le logiciel libre, les Fab-Labs et les licences libres.

En tant qu’architectes et urbanistes, aidés par des artistes, des sociologues, des ingénieurs et des chercheurs nous nous connectons à des réseaux qui cherchent à faire avancer, à bricoler des utopies collaboratives dans le domaine de la . Pour recevoir de ces réseaux il faut évidemment apporter des éléments. L’ collaboratif, la contributive et le Wikibuilding sont notre apport à ces mouvements.

[UN] Comment parvenez-vous à concrétiser les échanges entre praticiens et usagers, jusqu’où les prises de décision sont-elles partagées et négociées ? 

Ce que nous avons appris et que nous continuons d’apprendre, c’est qu’il y a besoin de mécaniques de précision pour faire fonctionner la collaboration et l’intelligence collective. Il y a aussi besoin de poser cette mécanique dans un environnement humain qui est lui aussi à construire de façon aussi précise, pour créer de la convivialité et de la confiance.

Quand cet environnement est posé, on peut commencer à apporter des règles qui ont le mérite d’avoir déjà été testées et améliorées par itération. Et la discussion peut commencer à la fois en partant de ce qui a été fait et de ce que l’on pourrait apporter de mieux. Ce sont des recettes non figées, ouvertes, qui produisent de l’appropriation et de l’implication où l’amélioration du process est partie intégrante de la qualité de ce qui va être produit par le process.

Work in progress #Wikibuilding Source :  HOST, UFO, REI

Work in progress #Wikibuilding Source : HOST, UFO, REI

[UN] Quelles limites rencontrez-vous en procédant à ce type de conception (culturelles, politiques, techniques, financières, réglementaires…) ? 

[AR] Il n’y a aucune limite, pas plus que dans une conversation ou dans les interactions auxquelles sont soumises les villes. Si des personnes autour de la table résolvent un problème au-delà du périmètre initial cela a le plus souvent des effets bénéfiques sur le périmètre et le sujet initial. Nos premiers projets, avec plusieurs milliers de personnes et dans des lieux très différentes, ont montré que les réflexions des professionnels et de la société civile sont plutôt convergentes, quand les outils d’intelligence collective permette de dépasser les a-priori. La société civile pense, et plutôt très bien, quand elle est mise en situation de penser…

[UN] Comment s’est accéléré l’engouement autour de la conception « open » ?

[AR] J’espère surtout que cela ne prend pas la place mais que cela deviendra une nouvelle couche capable de créer des interactions avec les logiques environnementales, car le lien avec les logiques sociales et économiques est tellement évident. Notre sujet n’est pas qu’un projet urbain ou architectural soit « innovant » pour faire du marketing territorial, mais que les transformations apportées produise de la capabilité au sens du prix Nobel d’économie Amarta Sen.

[UN] En pleine réponse au concours « Réinventer Paris« , pensez-vous qu’il permettra d’influencer ce changement de modèle ?

[AR] Réinventer Paris a ce formidable avantage qu’il provient de personnes qui ont compris le et en particulier que les sélections à l’entrée doivent parfois être levées pour faire émerger du nouveau. Cela semble une évidence mais ceux qui sélectionnent, et c’est logique, se réfèrent à ce qu’ils connaissent pour évaluer les candidatures. Nous venons d’un autre monde. Le REI, le constructeur LINEAZEN, notre agence d’Architecture HOST et notre UFO sont des start-ups. Réinventer Paris va permettre à tout le monde (et non pas les plus initiés) de juger.

[UN] Vers l’emploi généralisé de méthodes plus ouverte, partagée et computationnelle ? 

Vous préférez une machine à écrire ou un ordinateur ? C’est un peu la différence entre les bâtiments produits par le système classique et le Wikibuilding. On verra le choix… La méthode négociée et co-construite consiste à partager les décisions dès les premières phases de conception, avec l’ensemble des acteurs concernés par le montage, le fonctionnement et l’utilisation de l’opération (collectivité, aménageur, concepteurs, maîtrise d’ouvrage, gestionnaires, entreprises, associations, habitants…).

Cette méthode permet d’éviter le risque de développer des incompatibilités majeures entre les décisions prises en amont et des solutions à trouver en aval. Cela permet de profiter pleinement des marges de manœuvre liées au développement du projet dès le début des études.

Une évaluation d’un nouvel ordre

Le passage de l’analyse à la conception nécessite une évaluation d’un nouvel ordre. En introduisant une évaluation dîtes « évolutive », on permet d’évaluer un processus d’innovation comme moteur de changement, favorisant l’exploration et l’évolution d’une situation dans le temps. Autrement dit, c’est rechercher ce qui vitalise le territoire au bon moment, en optimisant systématiquement le rapport effort-gain à chaque phase de conception. Le schéma ci-dessous, initialement conçu par l’économiste canadien Patrick Mac Leamy, représente très bien l’intérêt d’une approche intégrée. Ici, la méthode a concrètement été utilisée dans le cadre de l’expérimentation « BBC pour tous » de Rennes Métropole et a permis de donner des résultats très satisfaisants, notamment dans la garantie des coûts de construction et performance énergétique, à chaque phase opérationnelle.

Comparaison du rapport effort/gain entre processus de conception classique et intégrée par Patrick Mac Leamy. Source :

Comparaison du rapport effort/effets entre processus de conception classique et intégrée. Source : Cahier technique d’accompagnement à la démarche « BBC pour tous » menée par Rennes Métropole

L’enjeu d’un projet est bien là : opérer des choix importants dans une approche prospective et d’évaluation concomitante pour en mesurer les externalités et retombées à toutes les échelles.

Ce processus est rendu possible par différents moyens :

  • définition de stratégies de conception guidées par les contraintes, opportunités et enjeux contextuels ;
  • participation, co-construction et prises de décision suivant un processus inclusif, où chaque intervenant, du propriétaire à l’opérateur et du concepteur à l’usager apportent une contribution essentielle à la conception du projet, permettant d’éviter le risque de développer des incompatibilités majeures entre les décisions prises en amont et des solutions à trouver en aval
  • pensée systémique : étudier les interactions entre ses éléments et leurs effets potentiels rétroactifs, à toutes les échelles de temps et d’espaces
  • budgétisation souple et globale, de sorte à investir l’argent là où il est le plus utile, au bon moment et anticipant les frais de vie en œuvre

Le processus de conception intégrée est ainsi innovant par sa capacité à éviter le risque de développer des incompatibilités majeures entre les décisions prises en amont et des solutions à trouver en aval.

« Ouvert » est le nouveau « durable »

Quand le développement durable est « open » il devient plus appropriable, efficient et résilient. C’est toute une opération qui se retrouve augmentée, jusqu’aux dynamiques de gestion et de gouvernance. En effet, elle permet à la fois d’optimiser la gestion des ressources et de faire émerger la notion d’usage comme base de valeur ajoutée pour la croissance économique.

En ouvrant la valeur environnementale : on assure l’évolutivité des fonctions et des formes, par le choix des dispositifs flexibles.

En ouvrant la valeur économique : on se repose non plus sur sa valeur d’échange mais sur sa valeur d’usage, s’inspirant des principes de l’économie de la fonctionnalité.

En ouvrant les valeurs sociale, culturelle et institutionnelle : on évite les incohérences entre conception et réalisation, en partageant les décisions dès les premières phases de conception avec l’ensemble des acteurs concernés par le montage, le fonctionnement et l’utilisation de l’opération (collectivité, aménageur, concepteurs, maîtrise d’ouvrage, gestionnaires, entreprises, associations, habitants…).

Cliquez ici pour en savoir plus sur l'ouverture de la conception à la société civile. Source :  Démocratie ouverte

Ouvrir la conception urbaine aux citoyens. Source : Démocratie ouverte

Cette lecture plurielle et dynamique de la ville permet une démarche de conception intégrée qui offre la possibilité de relier et connecter les échelles entre elles, d’inventer de nouvelles péréquations, des solutions de partage, de compensation et de mutualisation de l’énergie et des ressources, pour atteindre un objectif satisfaisant mais non maximaliste dans les différents domaines : énergie, confort, déplacements, etc.

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L'auteur
Bruno Morleo

Rédacteur et associé / Diplômé en Master Génie Urbain, spécialité développement urbain durable - Chargé de mission Développement Durable au sein d'une collectivité territoriale.

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