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Frank Owen Gehry’s Heritage = F.O.G.’s Heritage ?

Le mercredi 8 décembre s’est déroulée au fameux Sheldonian’s Theatre d’Oxford, Grande-Bretagne, une conférence présentée par la Saïd Business School d’Oxford, dans le cadre de leur « BT Anual Lecture 2010/11 ». Cette année, le thème tourne autour de la problématique suivante : Comment est-il possible de manager un projet majeur, alliant innovation et complexité, respectant les délais et objectifs économiques de départ ? ou le titre original : « The Organisation of the Artist : How to Manage Innovation and Complexity, on Time and Budget

L’architecte de renommée internationale, Frank Gehry, est invité afin qu’il nous dévoile son talent et ses secrets à la fois d’artiste-architecte que d’organisateur et manager.

Frank Owen Gehry

Frank Owen Gehry a acquis sa réputation de « légende » pour sa capacité à réaliser l’impossible, c’est-à-dire élaborer des conceptions architecturales complexes et innovantes, livrées en temps et en heure, garantissant l’atteinte des objectifs économiques dans le budget imparti. Ses oeuvres architecturales les plus célèbres incluent le Guggenheim Museum (Bilbao), le Walt Disney Concert Hall (Los Angeles), Experience Music Project (Seattle), Weisman Art Museum (Minneapolis) et encore la Dancing House (Prague).

Tel un reporter-pirate

Me voilà dans l’enceinte du Sheldonian’s Theatre, tel un reporter-improvisé pour urbanews, je me faufile et tente d’approcher le grand Frank, mais impossible ! Et oui, celui-ci refuse toute interview, mais je le vois, il est là, le légendaire, l’unique (et en fait tout petit…), Frank Gehry. Ce n’est donc (malheureusement ?) pas un point de vue de l’artiste dont fera l’objet de ce billet, mais une vision personnelle d’un « reporter-pirate ».

L’âge, l’expérience et la carrure de cet homme me donnaient l’envie d’écouter son histoire, de connaître la relation particulière et passionnée dont celui-ci pouvait partager avec l’art et la technique de l’architecture. Mais non. Frank O. Gehry est un homme au discours nonchalant, très mauvais orateur et, encore une fois, tout petit… Sa présentation peut se résumer à un défilé de slides powerpoint complétés d’une brève description de ses dernières oeuvres, d’une façon désintéressée et absolument inintéressante.

La déception est énorme. En réalité Gehry fait désormais parti de l’ancien monde de l’architecture et de l’urbanisme. Certes, l’architecte est respecté par ses réalisations et ses idées saugrenues, mais il en demeure pas moins que l’homme ne réalise pas à quel point aujourd’hui le spectateur a besoin d’entendre un discours passionné et interactif.

Frank si tu décides un jour de prendre ta retraite, fais-le vite et emmènes avec toi les Jean, Oscar, Norman, Antoine, Jacques,… Laisses place aux Bjarke, AUC, Obras,  F234, Alphaville, … Ces derniers pourraient représenter dans le monde de l’architecture et de l’urbanisme, l’équivalent du jeune cadre dynamique sortant de sa business school. Et oui, parce-que le monde a besoin de ses jeunes cadres dynamiques, sachant comment interagir avec le public, dévoilant un discours passionnant, raconter l’histoire de demain, nous faire rêver, développer de nouveaux imaginaires !

Frank Owen Gehry = F.O.G. ?

Frank Owen Gehry, petit par sa taille et son talent d’orateur, mais grand par sa notoriété, serait peut-être bientôt victime de ses initiales, ou comment se perdre dans un discours rempli de brouillard, vieillissant, répétitif, à l’image de ses conceptions qui se ressemblent trait pour trait (ou plutôt devrais-je dire courbe pour courbe…). En effet, remontez tout en haut de l’article et cliquez sur chaque lien de ses plus célèbres réalisations. Vous verrez à quel point l’auto-plagiat est flagrant !

MAIS, et c’est un TRÈS GRAND MAIS…

Le petit Gehry se rattrape parfaitement en répondant à plusieurs questions du public de façon plus « fun » et spontanée, nous dévoilant son côté « grand-père de l’architecture cool », racontant enfin des histoires et anecdotes insolites, critiquant subtilement au passage le travail de Renzo Piano…

Regardez plutôt :

Aujourd’hui, je pense que l’innovation ne doit plus se résumer à la réalisation d’un building courbe ou d’impressionnante hauteur et de multiplication compliquée de techniques innovantes, censées respecter l’environnement mais qui sont, en réalité, très coûteuses et dont la grande majorité des individus n’ y a pas accès, faute de moyens. Alors bien sûr, la forme courbe est fun, récréative, bonne pour un musée ou un parc d’attraction, mais selon moi, elle ne représente qu’un OVNI d’art, où c’est à la société de s’y adapter et non l’inverse.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Quel héritage, la génération des FOG nous ont transmis ? Doit-on continuer sur la voie toute tracée par Norman Foster et son nouveau jouet « Masdar Initiative » , dont le spot le dit lui même : « made for the best people in the world » ? Nos futurs jobs, c’est aux Emirats Arabes Unies que nous les trouverons ? Ou devons-nous plutôt profiter de notre époque pour changer radicalement nos modes de vie et de penser ? Qu’attends notre génération pour changer le monde ?

Catégorie:International
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L'auteur
Bruno Morleo

Rédacteur et associé / Diplômé en Master Génie Urbain, spécialité développement urbain durable - Chargé de mission Développement Durable au sein d'une collectivité territoriale.

4 Commentaires

  • 10 décembre 2010 à 00:49

    Brillant article, et surbrillante conclusion.

    J’ajouterai un seul petit commentaire, un peu provoc (mais c’est notre rôle !) : c’est à nous de relever les manches pour mettre tout ce vieux monde à la retraite 🙂
    Leur héritage est essentiel, mais justement : il faut savoir tuer le père ! A nous de quitter le nid, parce qu’ils ne nous y pousseront pas… Et comme vous le dites si bien, l’innovation ne pourra venir que d’un regard neuf sur le monde.

    (Et dans 40 ans, de petits jeunes tiendront le même discours sur nous… Ainsi va la vie ! 🙂

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  • 10 décembre 2010 à 11:25

    Merci pour ce reportage. « le spectateur a besoin d’entendre un discours passionné et interactif »: il en sera d’autant plus acteur, j’en suis également persuadé.

    Comparer l’architecte en conférence et ses mises en œuvre urbaines me semble aussi cohérent quand on parle de process de fabrication. Les architectes (ils ne sont pas les seuls)ont tendance à cultiver le confort de la bonne vielle conférence et sa forme monographique sacralisée. On est loin du barcamp [ http://fr.wikipedia.org/wiki/BarCamp ]

    Sans verser dans cette dernière analyse caricaturée, je pense que ces méthodes ne s’opposent pas et trouvent même une riche complémentarité au fil de la mutation dans les usages. Il y aura toujours, et de plus en plus, complémentarité entre un degré d’interaction démocratique porteuse et un degré de démonstration et autres communications descendantes liées aux expertises des uns et des autres.

    Pas nécessaire pour autant de « tuer le père » et ses références indispensables (-;

    RÉPONDRE

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