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Les nouveaux métiers du bâtiment

Le maçon, le menuisier et l’architecte sont toujours là. Mais à leurs côtés sur les chantiers est apparue une cohorte de nouveaux intervenants, d’autant plus nécessaire que les bâtiments modernes n’ont plus grand chose à voir avec leurs prédécesseurs.

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On ne construit plus aujourd’hui comme avant : technologies, matériaux, autorisations, normes, sécurité…  Tout change et le secteur de la construction requiert désormais autant d’ouvriers que d’ingénieurs, dans tous les domaines. Mais l’étape construction n’est déjà que l’aboutissement d’un long processus entamée parfois des années avant.

Avoir l’autorisation

Avant de construire, encore faut-il trouver un terrain, un financement et un permis de construire. La construction est devenue affaire de juristes dans un contexte d’accroissement de la pression foncière, particulièrement en région parisienne : devenus plus rares, les terrains disponibles sont d’autant plus convoités. Puisqu’il n’est plus possible de s’étendre en surface, alors les projets gagnent en hauteur, au grand dam parfois des riverains ou d’associations de voisinage. Si la plupart du temps, les projets immobiliers permettent de valoriser le foncier, et donc de donner de la valeur aux propriétés voisines, il arrive que certains se heurtent à une véritable guérilla juridique et réglementaire, menée par des contestataires très au fait d’une législation retorse voire contradictoire. « Le sujet qui sera peut-être une réussite concerne la simplification du permis de construire (limitation dans le temps des délais de recours, etc.) dans un secteur où, là encore, les professionnels savent les dégâts occasionnés par la loi ALUR et la conjoncture », explique ainsi Jean-Yves Archer, dirigeant du cabinet Archer et fondateur du think tank économiques Archer 58 Research, au sujet du « choc de simplification » voulue par l’actuel gouvernement.

Le permis de construire suppose aussi de plus en plus souvent des études d’impact sur l’environnement obtenus à coups d’études d’experts, comme dans le cas des grands projets de type autoroutes ou LGV. Et en matière d’experts en tout genre, le secteur de la construction balaie désormais très large.

Inspecter et assainir

Même une fois franchie l’étape administrativo-judiciaire du permis, encore faut–il préparer le terrain pour la construction. Il s’agit bien évidemment de le viabiliser (raccordements en eau, électricité et aux réseaux de communication), mais en espérant toutefois ne pas tomber, par exemple, sur une ruine archéologique de valeur : « Dans le cadre de la rénovation du lycée Paul-Langevin, le chantier devait durer 4 mois. Cela fait désormais deux ans que les membres du service archéologique municipal fouillent ce site de Tholon », explique laconiquement MarsActu et Jean Chausserie-Laprée, le directeur du service archéologique de Martigues. L’archéologie préventive est en effet devenue systématique sur les chantiers importants. Mais si de tels exemples sont rares, tout comme la découverte d’une vieille bombe non explosée d’une ancienne guerre, cela arrive pourtant régulièrement. Archéologues comme démineurs évoluent aussi désormais en marges des chantiers de construction, même si cela reste anecdotique.

Beaucoup moins rares, la pollution des sols ou des bâtiments devant être démolis, pour laisser la place aux nouveaux, a donné naissance à de nombreux acteurs spécialisés en dépollution : hydrocarbures, matières toxiques, nocives ou même radioactives… les surprises peuvent être nombreuses de même que les risques pour les futurs habitants ou utilisateurs. « Nous intervenons presque exclusivement sur des projets immobiliers ou de la maintenance de bâtiments. Néanmoins notre métier s’articule autour de très forts enjeux environnementaux et de sécurité. Le respect de l’environnement et la sécurité des personnes est le contexte systématique dans lequel se déroulent nos opérations », détaille Éric Vallée, dirigeant de SET Environnement, acteur spécialisée en dépollution de l’amiante. Or l’amiante a été massivement utilisée comme matériaux d’isolation, jusque dans les années 1990. Qu’il s’agisse de détruire ou de rénover un bâtiment, la totalité de l’amiante doit être retirée par des acteurs spécialisés. Si l’amiante n’est en effet pas un matériau anodin, sa dangerosité avérée est pourtant souvent sous-estimée : « Notre politique RSE nous amène […] à faire beaucoup de pédagogie avec nos clients sur leurs obligations, les risques encourus, les solutions possibles… Nous ne proposons pas un produit ou une démarche standardisée : nous avons à cœur de délivrer un conseil de qualité et de nous inscrire dans un partenariat pour venir à bout de leur problématique », explique encore Éric Vallée. Pour SET Environnement comme pour les autres acteurs de la dépollution, l’enjeu est celui de la sécurité des intervenants sur les chantiers, comme celles des usagers finaux. Il y a en effet longtemps que le principe de la sécurité s’étend bien au-delà de la seule solidité des murs.

Protéger les occupants et… l’environnement

Une fois assainis les lieux et terminé le gros œuvre, un bâtiment nécessite encore l’intervention de nombreux corps de métiers pour assurer la tranquillité et la sécurité des usagers : là où une porte et une serrure suffisait avant, il faut désormais des interphones, des visiophones, des digicodes, des sas, des caméras, des détecteurs de mouvements, de fumées… Domotique et la sécurité vont désormais de pair. Somfy s’est par exemple associé à Verisure pour proposer des solutions tout-en-un : « Verisure est un spécialiste de la sécurité et de la télésurveillance pour les particuliers et nous sommes spécialistes en matière de domotique et de confort pour la maison, explicite Emmanuel Joumard, directeur général de la section « business group smart home » chez Somfy. On a réuni nos offres compatibles et on les a fait dialoguer. Ce partenariat permet aussi de choisir une sécurité à la carte ».

Auparavant cinquième roue du carrosse en matière de protection, l’environnement s’est désormais hissé lui aussi parmi les préoccupations essentielles. La mode est à la « basse consommation », voire aux « bâtiments à énergie positive » (BEPOS). Or les plus grosses pertes d’énergie proviennent généralement de défaut d’isolation. De la simple fenêtre double-vitrage, jusqu’aux buildings quasiment hermétiques, fonctionnant sur un air climatisé, filtré et purifié, toutes les solutions sont possibles et l’isolation est devenue un concentré de technologies. Car en la matière, les règlementations thermiques successives, ou RT, imposent des exigences de plus en plus hautes, avec une conséquence inévitable : la hausse des prix de la construction. « Ce qu’on lit le plus souvent, c’est que la RT 2012 a fait grimper les coûts de construction entre 10 et 20%. J’irais même un peu plus loin, en affirmant aujourd’hui que sur l’ensemble des dernières années, les prix ont dû augmenter de 20 à 25% au total, en comparaison à la période qui a précédé la mise en place de la norme », explique Thierry Conjard, directeur commercial de Pavillons Création.

Diviser par trois la consommation énergétique représente certes un investissement conséquent, et la RT 2015 ne va pas inverser la tendance. Mais l’obligation de construire des logements économies en énergie correspond aussi à une demande forte de ceux qui conditionnent l’action de tous les acteurs du bâtiment, anciens et nouveaux : les usagers finaux des lieux, dont les préoccupations et les aspirations ont grandement évolué en peu de temps.

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L'auteur
Nathalie Barre

(Agent mandataire en immobilier en reconversion)

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