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Quand l’urbanisme agit pour notre santé

L'ancien Hôtel Dieu de Marseille - Crédits François Schwarz @ Flickr

L'ancien Hôtel Dieu de Marseille - Crédits François Schwarz @ Flickr

En cette période de vœux, il est courant de souhaiter une nouvelle année ainsi qu’une bonne santé. Quoi de mieux qu’un petit billet sur l’urbanisme et la santé pour démarrer 2023 de bon pied !

Une histoire commune

En effet, choix de planification et santé entretiennent un lien indéfectible à travers le temps. L’amélioration de l’organisation des villes à des fins d’assainissement, ou l’optimisation des techniques constructives pour lutter contre l’insalubrité des logements ont permis d’obtenir des gains inégalables en matière de santé publique. L’urbanisme a depuis toujours été marqué par des principes sanitaires dans l’objectif de produire une ville plus saine, plus aérée et mieux équipée.

Le boulevard Haussmann terminé, dessiné par Karl Fichot. Crédits photo : Le Journal illustré, janvier 1893

Un dialogue a ainsi pu s’installer entre les différents acteurs des champs de la santé publique et de l’urbanisme. Il fût d’ailleurs un temps où les professionnels de santé avaient une influence significative sur la conception des villes. Certains établissements de santé historiques érigés comme de véritables repères dans la ville en sont de parfaits témoins. Par leur nature et leur taille, ils ont œuvré à la structuration de « l’urbain ».

L’Hôtel Dieu à Lyon – Crédits alh1 @ Flickr

Plusieurs révolutions scientifiques majeures ont marqué l’histoire commune de ces deux disciplines. Très prégnante lorsqu’il était question de lutter contre les épidémies, puis de plus en plus portée sur une approche sociale traduite dans les concepts de santé et d’hygiène publique, cette liaison s’est peu à peu délitée dans l’urbanisme contemporain pour laisser plus de place à des aspects techniques et environnementaux. Alors même que la dimension humaine et les fonctions fondamentales de la Charte d’Athène, habiter, travailler, circuler etc. constituaient les principes historiques de l’urbanisme.

Ces évolutions successives n’ont, au final, apporté que des réponses partielles et situationnelles aux enjeux de santé publique.

L’Urbanisme favorable à la santé ou « UFS »

Le concept d’urbanisme favorable à la santé ou « UFS » est notamment introduit par l’OMS (Organisation mondiale pour la santé) dès 1987 dans le cadre du programme villes-santé. En France, il a été complété par l’école des hautes études en santé publique (EHSP) qui définit un cadre de références composé de 7 axes d’actions à mettre en œuvre :

Rien de bien original me direz-vous, ou en tout cas plutôt du bon sens ! Pourtant, la déclinaison de ces objectifs en actions concrètes constitue encore un véritable défi. L’exemple les documents de planification est par exemple révélateur. Il est fait mention dans la plupart des projets d’aménagement et de développement durables (PADD) d’une intention d’améliorer le cadre de vie des habitants.

Des pages de lecture,, de nombreuses cartes et peu de place pour les enjeux liés à la santé publique…

Or dans ces documents ne figurent jamais le mot « santé ». On ne retrouve, in fine, aucune déclinaison directe de principes de santé publique dans les dispositions réglementaires. Peut-être est-ce en raison de la difficulté à établir des liens directs entre les nombreux déterminants de santé et les différentes dimensions de l’urbanisme ?

Cerner les « déterminants de santé »

En santé publique, un déterminant de santé est un facteur qui, lié à notre environnement physique, social et économique, influence l’état de santé d’une population, soit de façon isolée, soit en association avec d’autres facteurs.

Sur ce sujet, l’ARS Val de Loire a réalisé une plaquette pédagogique qui illustre parfaitement les possibilités d’agir sur l’urbanisme afin d’améliorer la santé des habitants.

Agir sur l’urbanisme pour la santé – ARS Val de Loire

Cette représentation graphique – que l’on retrouve sous différentes formes dans de nombreuses publications en lien avec cette thématique – permet de visualiser les liens possibles entre les nombreux déterminants. Les 3 cercles bleus présentent ainsi les déterminants sur lesquels la planification urbaine peut agir directement. Les 3 cercles verts représentent les déterminants impactés de manière indirecte par les différents choix d’urbanisme.

Agir sur les déterminants

Dans son guide sur l’urbanisme favorable à la santé, l’EHSP (Ecole des hautes études en santé publique) illustre très concrètement les liens de causalité qui existent entre ces différents déterminants et la santé. L’exemple sur les « espaces verts » (terme qui, pour le coup, nous semble plutôt obsolète dans le champ de l’urbanisme) est particulièrement intéressant.

L’analyse de l’impact du déterminant « espaces verts » sur la santé s’organise autour de trois variables (en vert à gauche) : accessibilité, esthétique et aménagements. Ces trois paramètres conditionnent ensuite la nature, la force et le sens des différentes liaisons existantes entre espaces verts et santé.

Chacune de ces trois variables est définie par un ensemble de caractéristiques (distance, quantité, qualité paysagère, infrastructures, essences végétales…) qui vont également influencer l’usage et la fréquence d’utilisation de ces espaces par les individus ainsi que la capacité de ces espaces à constituer des régulateurs environnementaux. C’est donc précisément en agissant sur ces caractéristiques que le décideur va plus ou moins influencer l’état de santé et la qualité de vie des populations.

Une approche globale et intégrée à généraliser

Sur le papier, cet exemple illustré sur les « espaces verts » est reproductible pour toutes les composantes d’un projet d’aménagement ou de planification. On comprend, dès lors, que la mise en œuvre d’un « UFS » ou Urbanisme Favorable à la Santé implique de considérer la santé de manière plus globale en procédant d’une analyse préalable des différents déterminants de santé qui entrent en jeu, quel que soit le projet.

Healthy Urban Planning Checklist – London Healthy Urban Development Unit,

Transversale et intégrée, cette approche – loin d’être une idée nouvelle – positionne les choix d’aménagement et d’urbanisme comme facteurs‑clés du bien‑être, de la santé et de l’environnement. Elle invite nécessairement à modifier nos pratiques de la fabrique urbaine.

La récente pandémie Covid-19 nous a notamment rappelé l’importance d’inscrire durablement et structurellement les questions de santé publique dans les préoccupation urbanistiques. Cette grille d’analyse des projets à travers le prisme de la santé semble être à la portée de tous les décideurs. Reste peut-être à travailler sur l’amélioration de l’interdisciplinarité entre Urbanisme et Santé…

Sources :

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