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Tremargat : kit de survie de la bourgade en milieu rural profond

Que reste-t-il à ces petites communes de l’hyper ruralité lorsque le dernier médecin au lendemain de sa retraite, laisse derrière lui un cabinet qui ne sera pas repris ? Que reste-t-il, lorsqu’un soir, on vous annonce que demain, ce sera « la dernière » du bistrot, celui de la place de l’église évidemment ? Que reste-t-il encore, quand tout a déménagé, que l’école, l’épicerie de fortune ou la bibliothèque a fermé ?

Ce sont des petites villes mais le plus souvent, des villages desquels tout semble s’éloigner, comme l’univers s’étire indéfiniment tout autour de nous. Des bourgades en instance de désertification dont on dit aussi que se sont « des trous perdus » ou « des fin fonds du trou du  cul du monde». Ce monde, qui ne connait pas encore la transition des « nouvelles campagnes », on le retrouve dans le centre, mais aussi dans le sud-ouest de la France et un peu en Bretagne. Ce que la DATAR nomme bien correctement « le rural vieilli et peu dense ».

On pourrait croire, depuis que la dernière boulangerie a mis la clef sous le paillasson, « il ne se passe plus rien là-bas ». Pourtant, ce serait oublier ceux qui restent. Des femmes et des hommes qui, pour certain-e-s, on (parfois depuis longtemps) prit le destin de leur commune entre leurs mains et ont su, loin des clichés de la « campagne frontiste », conservatrice ou « arriérée » proposer des solutions, des alternatives aux absences contraintes, jusqu’à parfois, renverser les classiques du quotidien, de la consommation et de la vie locale. Car oui, il semble bien exister un kit de « survie » du « trou paumé ».

Notre « kit » s’appelle Tremargat, un village breton niché au bout du bout du « Kreiz-Breizh » ou si vous préférez « du centre de la Bretagne ». Là-bas, les vaches sont légions (au moins autant que les anonymous le sont sur la toile) et font de la concurrence aux 184 habitants (voir le dossier stat) de la commune. Comme partout, dans ces coins reculés ou la métropolisation a fait le vide, Tremargat a longtemps vivoté, était vouée à disparaître. Et puis, en 1995, les choses ont changé avec l’arrivée, plus tôt dans les années 80, d’un petit groupe d’ex citadins à la municipalité. Des gens convaincus qu’ils pouvaient vivre autrement et faire revivre la commune acquis depuis longtemps à une dynastie d’édiles adeptes de la gestion pépère et de l’investissement sur l’enrobé. Tremargat était léthargique, elle est devenue au fil des années, une commune atypique.

Des services coûte que coûte

Tout a commencé par le rachat du petit café (en 1995), sur la place de l’église. Une institution que personne ne s’est pas résolu à voir disparaître et dans laquelle la commune a investi quelques économies en plus des fonds européens. Depuis 2008, l’établissement est géré par une association qui emploie deux salariés. Parfois, ce sont eux qui servent. D’autres fois, ce sont les clients eux-mêmes. Des habitants ou des gens de passages, des amis, de la famille, qui viennent y trouver ce qu’on ne trouve peut-être plus ailleurs, dans les autres bourgs du coin : un lieu de proximité sociale. Dans la petite salle du café, les soirées se suivent, sans se ressembler. On y joue des concerts, on y débat et on fait des parties de cartes.

En 2012, la commune, sur avis de ses habitants, se lance un nouveau défi : racheter une maison pour y installer une épicerie. C’est chose faite. Aujourd’hui, et malgré le scepticisme de la chambre de commerce au départ, c’est un business qui tourne plutôt bien (70 000 euros  de CA la première année contre un prévisionnel de 30K), emmené par une autre association (il y en a 12 dans le village !). A l’Epice et Tout (le nom de l’épicerie), on se démarque de ces supérettes habituelles qui vendent des produits de distributeurs deux fois plus cher qu’au supermarché de Rostrenen. On fait dans le local.

Made in Tremargat

Parce qu’à Tremargat, la terre, c’est d’abord et avant tout quatorze fermes. Un record national comparé au nombre d’habitants… Alors, il y a de quoi faire, de quoi vendre ou cuisiner les produits des agriculteurs (bio) du coin. Là-bas, on a retrouvé les bienfaits des circuits courts et dans l’épicerie « paysanne », on peut mettre la main sur tout ce qui pousse ou ce qui se fait dans un rayon de vingt kilomètres à la ronde. Du pain, du fromage, de la viande, des légumes, des œufs, des yaourts, etc. Si l’épicerie permet au village de renouer avec un service perdu depuis les années 70, elle contribue aussi et surtout à supporter un système économique local fragile.

Dans l'épicerie 'Epice et Tout" du village autour du pain du boulanger local

Dans l’épicerie ‘Epice et Tout » du village autour du pain du boulanger local

Ici, l’agriculture intensive est vécue comme un déclin du localisme, alors, dès que l’on peut, on se tourne vers ce qui constitue un socle de la vie sociale, vers les petits producteurs qui vivent et travaillent là. Le soir, il n’est pas rare que l’on se retrouve chez le voisin. Un coup de téléphone et hop !, voilà tout le monde autour d’une table et d’un repas made in Tremargat.

Et puis, il y a la commune qui soutient le secteur local en injectant un peu de son budget dans l’achat de terres via une société civile immobilière…

Des chantiers coopératifs

Au village, tout le monde ou presque se connaît et il y a une émulation qui n’a jamais dépérie depuis que la municipalité des néo-ruraux est arrivée. Les réunions publiques font salle comble, à faire pâlir les vies participatives des grandes agglomérations. L’idée, c’était dès le départ, d’inclure un maximum de citoyens à la vie de la commune. Non contents d’œuvrer au chevet du café et de l’épicerie, les habitants se mettent aussi à son aménagement.

Là où l’on pourrait se contenter ailleurs, de leur simple consultation, ici, les habitants participent à la conception du projet, du début jusqu’à sa livraison. C’est ce qu’on appelle « les chantiers coopératifs » et c’est de cette façon que l’on a rénové la Place de l’Eglise pour un moindre coût, ou que l’on a retapé la salle des associations.

La Place de l'église et ses aménagement paysagers "low cost" mais coopératifs

La Place de l’église et ses aménagement paysagers « low cost » mais coopératifs

Une solution économique (trois fois moins chère que des aménagements réalisés par une entreprise), qui prend acte de la diminution des engagements de l’Etat mais qui a aussi le mérite de responsabiliser les habitants vis-à-vis de leur cadre de vie commun.

Un PLU pour 200 habitants

Et ces chantiers fonctionnent tellement bien, que les coopérations touchent désormais les particuliers. De l’auto construction à la participation, les habitants viennent parfois donner un coup de mains à ceux qui s’installent. Car la commune connaît depuis le milieu des années 90, une inversion de sa courbe démographique. On vient vivre à Tremargat et c’était un truc encore inimaginable à la fin des années 60, début des années 70.

Pour faire face à ce développement somme toute relatif, et pour anticiper l’avenir, la commune d’à peine 200 habitants s’est ainsi dotée d’un PLU. Un document un peu extraterrestre pour une bourgade de cette taille à l’époque (on est en 2006). D’ailleurs la préfecture s’en est étonnée.

Pourtant aujourd’hui, et grâce au document, Tremargat y voit un peu plus claire sur son futur et celui de son aménagement qu’elle souhaitait pouvoir maîtriser…

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L'auteur
Josselin Thonnelier

Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.

24 Commentaires

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