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Petit plaidoyer pour une ville intergénérationnelle

A quoi pourra ressembler la lorsque les déambulateurs, les problèmes d’arthrose, de calcification osseuse  et de dépendances visuelles comme auditives seront « monnaie courante » ? A quoi pourra bien s’apparenter la cité du quatrième âge ?

Les nations postindustrielles vieillissent. Elles vieillissent certes inégalement, mais de manière inéluctable. Concours quasi mécanique de la baisse tendancielle des taux de natalité et de fécondité d’une part et des conséquences sur nos vies, des progrès de la médecine et des technologies médicales d’autre part, le vieillissement et la gérontocroissance qui l’accompagne (comprenez l’augmentation du nombre de seniors dans la population totale) vont et sont en train de redéfinir les rapports de nos sociétés à leurs villes, à leurs logements et à leurs déplacements…

Le périurbain, un espace à enjeux ?

Le phénomène de vieillissement engagé sur certains territoires urbains, notamment en périphéries des centres métropolitains (conséquence des précédents migratoires et de l’exode des centres vers les périphéries durant les décennies 60-70 pour le proche périurbain et 80-90 pour le périurbain plus éloigné – lire Jean François Ghékière), ou de façon plus localisée, en cœur de ville, soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir d’espaces « conçus » à l’origine pour des populations jeunes et mobiles. Quels besoins en termes de , de services, d’adaptations numériques ou de logements le vieillissement va-t-il induire sur  ces lieux ? D’ores et déjà certains entrevoient la nécessité de travailler à l’élaboration de nouvelles dynamiques, de nouveaux aménagements ou de nouvelles formes périurbaines afin d’anticiper sur la croissance dans ce cadre, des populations âgées.

Déjà abordé ici, le concept Build in My Backyard  s’inscrit dans une logique d’adéquation fonctionnelle et sociale du « proche périurbain » et du périurbain en général au phénomène démographique qui le caractérise. En découpant les parcelles existantes puis en les densifiant, la démarche permet non seulement de créer sur place une offre de logements adaptés à la perte de , mais aussi de libérer des constructions devenues inadéquates pour leurs occupants, afin de permettre l’installation de jeunes ménages et la construction progressive d’un territoire intergénérationnel. A termes, les bénéfices peuvent probablement dépasser le simple cadre du concept et contribuer à faire naître de l’entente, de l’entraide riveraine.

Territoire de l’automobile, royaume de l’autosolisme, face à l’absence somme toute relative de transports en commun, le périurbain prend soudain une autre dimension lorsque surviennent les problèmes de ou de mobilité qui assignent à résidence. Le vieillissement programmé des « banlieues » devrait obliger les pouvoirs publics à mieux cerner les attentes des habitants âgés en termes de transports, sinon d’accès aux services. Faut-il conduire les individus vers les lieux de consommation (consommation culturelle, alimentaire, sociale, etc.) ou plutôt, conduire ces mêmes lieux vers les individus ? Les grands groupes de distribution, conscients du pouvoir d’achat des classes âgées et périurbaines, ont multiplié ces dernières années les offres de services à la clientèle telle que la livraison à domicile. Une démarche qui pourrait trouver certains échos, notamment dans d’autres domaines de consommation, plus symboliques et numériques.

L’ intergénérationnel, l’ pour tous ?

Des trottoirs trop hauts ou mal aisés, des trop rares, du mobilier urbain obsolète ou absent, des arrêts de bus et de tramways inadaptés, des logements anciens en cœur de ville, difficilement accessibles ou vétustes, des commerces de proximité qui ferment, des territoires périurbains mal desservis en transports en commun qui contraignent parfois les déplacements… La liste des « obstacles » à l’intégration des personnes âgées dans la ville est longue, chargée de sens. Si la France tend à rattraper son retard sur certains autres pays, à l’image du Canada, de la Norvège ou de la Suède particulièrement investis sur la question de la prise en compte des générations dans l’ des villes, il n’en reste pas moins que trop souvent encore, nos collectivités tendent à négliger la ville sous ses considérations intergénérationnelles.

A l’image du concept de   pour tous qui vise à concevoir des logements accessibles et adaptés à tout un chacun, l’urbanisme se devrait à l’avenir d’adapter et de reprendre certains de ses codes. Après tout, lorsque vous abaissez un trottoir afin de faciliter son accès, vous en faites profiter  non seulement les personnes à mobilité réduite, mais aussi les mères de familles et leurs poussettes ! Lorsque vous améliorez visuellement la lisibilité des tracés, des indications et des informations dans la ville, vous en faites profiter les personnes âgées mais aussi les déficients visuels, ou les visiteurs de passage ! Dans la ville intergénérationnelle, les aménagements sont pensés non seulement pour faciliter le quotidien des personnes vulnérables mais aussi pour améliorer le confort, optimiser et « tempérer » les pratiques urbaines de chacun. Ce « design urbain » ou « aménagement urbains pour tous » doivent trouver une résonnance particulière, et ce à toutes les échelles de la ville : des transports métropolitains aux logements ou aux immeubles en passant par l’adaptation des rayonnages dans les commerces… Dans la ville intergénérationnelle, ces aménagements  facilitent l’inclusion de tous les publics, évitent les effets ségrégatifs et les espaces de relégation.

La ville intergénérationnelle : investir dans l’urbain pour réduire les coûts de santé ?

Les crises répétées, celles de l’industrie dés le milieu des années 70, puis de l’immobilier et de l’économie financiarisée plus récemment, ont rendu l’avenir des économies occidentales de plus en plus incertain et fragile face aux géants en développement. Avec le glissement progressif de la croissance à des taux presque nuls, l’Etat a progressivement dû revoir ses propensions sociales à la baisse.

Comme si cela ne suffisait pas, le vieillissement fait aujourd’hui peser sur le système des retraites et plus généralement sur les coûts de la santé, un poids de plus en plus lourd. A termes, c’est bien les revenus de remplacement, ceux des pensions, qui pourraient être remis en cause. Et si la ville intergénérationnelle participait à diminuer les coûts de la santé et certaines des dépenses contraintes des personnes âgées dont les capacités financières devraient diminuer?

Aujourd’hui, le risque de chute concerne plus d’un tiers des 10 millions de 65 ans et plus. Chaque année, ce risque et les conséquences qu’il occasionne représentent pour l’Etat un coût effectif de près de 2  milliard d’euros, soit environ 1% des dépenses courantes de santé. Des dépenses apparemment négligeables pour l’heure mais qui devraient à l’avenir l’être beaucoup moins. Si la majorité des chutes surviennent à domicile, nous laissant entrevoir la nécessité d’agir sur une offre de logements adaptés, il en est une part moindre mais significative qui trouve sa cause dans les « obstacles urbains ». En agissant sur l’aménagement des villes, en proposant de nouvelles formes d’habitat et en renforçant la sécurité des parcours pédestres, en cœur de ville notamment, l’urbanisme et la ville intergénérationnelle pourraient soulager le poids des dépenses de santé liées aux chutes. Des dépenses qui, passé un certain âge et un premier accident, sont souvent lourdes et étalées dans le temps.

En construisant la ville intergénérationnelle, en construisant un favorable aux liens entre générations, à l’image de ce qui déjà s’expérimente sur le principe des logements intergénérationnels et des colocations seniors/étudiants, la démarche revient à anticiper les risques sinon à réduire l’impact des accidents du quotidien pour les personnes âgées. Une utopie peut être, qui semble ne pouvoir se réaliser qu’à condition d’une évolution des mentalités des différentes générations sur leurs aïeuls ou leurs descendants et d’un changement de regard sur les personnes âgées, le vieillissement et les enjeux sociaux et urbains qu’ils représentent.

Catégorie:Revue de Presse
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L'auteur
Josselin Thonnelier

Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.

3 Commentaires

  • 29 septembre 2011 à 10:51
    rieu

    EXTRAIT : « …. Après tout, lorsque vous abaissez un trottoir afin de faciliter son accès, vous en faites profiter non seulement les personnes à mobilité réduite, mais aussi les mères de familles et leurs poussettes !…. ».

    Pour qui s’intéresse à l’accessibilité POUR TOUS (comme moi), un seul oubli (de mon point de vue) dans ce super article : abaisser un trottoir facilite EGALEMENT son accès aux PERES DE FAMILLE ET LEURS POUSSETTES !!!!

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  • 29 septembre 2011 à 11:35
    Auteur

    Je vous accorde cet oubli. Mettez le sur le compte de la nature qui n’a pas encore fait de moi un géniteur… enfin je crois…

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  • 3 octobre 2011 à 10:24

    Bonjour,
    Abaisser les trottoirs aux passages protégés est intéressant, encore faut-il le faire pour tous les passages. J’ai régulièrement rencontré des carrefours où l’un des trottoirs est abaissé et pas son voisin à 90° !
    Dans le même ordre d’idées, j’ai eu la désagréable surprise, face à un tramway récent, de constater que seule la voiture centrale était au niveau du quai, les deux entrées des extrémités ne l’étaient pas et vu la brièveté des arrêts, j’ai dû soulever ma lourde valise pour monter deux grandes marches, aucune indication ne précisait cet état ; et je n’avais qu’une valise et pas un fauteuil roulant.

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