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Hip Hop & Sobriété Heureuse (Part. 1)

Ainsi soit-il, l’abondance de haute technologie dans laquelle nous baignons depuis tout petit, devient de plus en plus un besoin « essentiel ». On ne peut plus vivre sans l’internet, son smartphone et toutes ses applications, ses musiques, livres, photos, vidéos et autres données (trans)portables. L’homme n’est donc plus figé d’un endroit à un autre, il espère vivre mobile en permanence. Ainsi, la stabilité politique et économique d’un pays ne reposent plus sur le gain d’espace (dédicace Napoléon) mais de temps (dédicace Google). Time is Money (Benjamin Franklin) et cela fait plus de soixante ans que nous sommes agrippé à son horloge.

« The Clock », Vincente Minelli – 1945

Seulement voilà, notre génération d’hyper-connectée aime le changement, le jetable, le tout-en-un, le tout-tout-de-suite, le tout-mobile… Que se passera-t-il lorsque l’homme-hyperconnecté se lassera de la high tech ? Il est donc légitime de réfléchir à un scénario d’overdose latente de la haute technologie, d’autant plus qu’elle sera de moins en moins accessible dû à : -1- la diminution croissante du pouvoir d’achat moyen et -2- la fatale raréfaction des ressources naturelles (lire les articles de F. Bellanger sur le sujet). Et oui, d’après le World Wide Fund for Nature et son Living Planet Report – 2010, si nous continuons sur ce rythme de « croissance », nous aurions besoin de 2 planètes Terre d’ici 2030 (voir les belles illustrations , via Transit-City). Ainsi, avec un scénario à la recherche d’un équilibre ville/nature, nous prendrons (enfin) conscience que le monde ne dispose pas de ressources naturelles sans fin et que l’illimité est un luxe dont la majorité ne peut plus s’offrir. Merci Captain Obvious !

Et puis, je suis tombé récemment sur le concept intéressant de sobriété heureuse. C’est un mode  de vie que l’on choisit volontairement afin de réduire sa consommation et de se concentrer sur des valeurs dites « essentielles » de la vie. Dans un langage d’urbaniste, cela correspondrait à optimiser et maîtriser les flux entrants et sortants des ressources en matières premières disponibles. Ce sont bien sûr les prémisses du développement urbain durable, et même de son métabolisme urbain (que j’aime tant) tel que nous l’imaginons depuis quelque temps.

Vers un monde occidental plus « débrouillard » ?

Une approche urbaine du concept de sobriété heureuse serait, pourquoi pas, d’adopter un style de vie plus « hip hop » et « groovy » (souvenez-vous de cette analogie, voir ), dans lequel on évoluerait tous suivant une intelligence fondée sur la débrouillardise et non sur l’assistanat à outrance des applications smartphones et autres puces RFID et NTIC

Ainsi, une large palette de techniques alternatives nous est offerte. Peu consommatrices en ressources naturelles (minerais, eau, agriculture, pétrole, …), elles proviendraient de l’héritage débrouillard des populations pauvres en milieu urbain riche (clochards, chômeurs, jeunes de cité, …) ou au sein de pays en voie de développement (favelas, banlieues de Lagos, Bamako, Bangladesh, …). Mais qui dit débrouillardise et style hip hop sous-entend évidemment la magouille. Quand il s’agit de se débrouiller dans la jungle urbaine sauvage (bidonvilles), il y aura toujours un réseau d’individu qui saura instaurer, de façon tout-à-fait informelle, des lois, des devoirs, des limites de territoires, une économie de l’illicite, etc. . Bref, rien de très « heureux » dans toute cette « sobriété ». Et puis, quand on apprend que ces pays, c’est-à-dire le Brésil + Russie + Inde + Chine = BRIC, vont bientôt dominer le monde et adopter à leur tour à un système du « sois smart(phone) et tais toi » sans aucune esquisse de sobriété mais de l’heureux certain pour une poignée d’individus riches.

« 1980-2015, L’émergence des pays du BRIC » Courrier International, Hors-Série Février-Mars-Avril 2011

Je m’égare, si l’on s’en tient à la définition de base de l’expression sobriété heureuse, on est un peu loin des notions de débrouillardise ou de magouille, on se réfère plutôt à une consommation plus saine des ressources naturelles. Une approche moins fataliste de ce concept serait donc de consommer moins, mais mieux. Ce qui me pousse à la réflexion suivante : comment, toujours dans ce contexte actuel de génération d’hyper-connectée, pourrions-nous consommer moins tout en restant « heureux » sans se faire « magouiller » comme tous les débrouillards des favelas ? Il est quand même important de noter une chose, qu’ils soient clodo en milieu urbain riche (voir le bonus plus bas), magouilleur des favelas ou simple débrouillard de pays orientaux, nous leur devons notre respect pour leur faible empreinte carbone, très inférieur à celui des pays « développés » occidentaux. Alors bien sûr je ne dis pas qu’il faille revenir à un système archaïque de débrouillardise tel que nos arrières arrières grands-parents ont vécu, je dis juste qu’il faudrait peut-être combiner notre formidable héritage high tech avec celui des cultures actuelles plus débrouillardes. Ré-apprenons à nous servir de nos mains et non de notre index.

Et bien, c’est peut-être à travers la low tech, en opposition au high tech, et le green steam punk, tel un steam punk (courant littéraire style Jules Verne) revisité façon « high sustainability », que les nouvelles tendances vont évoluer dans le futur. Comparez plutôt :

High tech = high design + high quality + multifonctionnel + high cost + épuisement des ressources naturelles accéléré + obsolescence programmée (cliquer pour visualiser l’excellent documentaire « Prêt à Jeter » diffusé sur Arte en février 2011).

Low tech = high efficiency + low cost + perenne + durable + monofonctionnel + épuisement des ressources naturelles stable voire ralenti

LOW TECH > HIGH TECH

Le monde s’orientera-t-il donc vers le retour d’objet monofonctionnel mais façon « low tech & high sustainability » ?

Et concrètement, ça donne quoi un tel scénario en relation avec l’urbain ?

To be concluded…

Bonus : Clodos VS. Masdar

Dans le genre délire urbain à prendre au second degré mais « à ne surtout pas s’en foutre », on retient bien sûr l’excellent travail du groupe Deux Degrés, réalisé sur les clochards et leurs faible empreinte écologique. Voilà, Norman Foster et son doudou Masdar (à 21 milliards de $ pour 50.000 habitants je le rappelle) avaient tort : afin d’aboutir à un réel bilan carbone zéro, on devrait tous vivre comme des clodos ! Bravo le clodo ! Masdar Initiative n’est, alors, destiné qu’à une poignée de curieux rêveurs qui bandent devant Minority Report ou Avatar. Regardez plutôt :

VS.

Catégorie:Urbanisme
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L'auteur
Bruno Morleo

Rédacteur et associé / Diplômé en Master Génie Urbain, spécialité développement urbain durable - Chargé de mission Développement Durable au sein d'une collectivité territoriale.

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