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Repenser la ville à l’aulne des jeux vidéos

Ce qui est bien sur internet, c’est que quand on cherche quelque chose, on finit toujours par se surprendre à lire une dizaine de liens sans aucun rapport avec le thème initial (dont probablement au moins 2 articles wikipedia sur la cuisine malgache). C’est comme ça que j’ai découvert Waze et toute une dynamique de réflexions se servant des jeux vidéos pour repenser la cartographie et l’usage de la ville.

Ca fait beaucoup d’un coup ? Commençons par Waze que je viens d’évoquer et que j’ai découvert sur le blog pop-up urbain (que je conseille). Fraichement débarqué en France, il s’agit d’un service communautaire gratuit de cartographie pour Smartphone disposant de la fonction GPS. A la manière d’un google map, il propose de localiser l’utilisateur dans l’espace et de se diriger dans la ville. Là où il devient intéressant, c’est dans sa capacité à permettre aux utilisateurs de communiquer sur les évolutions du réseau : bouchons, accident, travaux, déviation, nouveau nom de rue… il est possible d’indiquer toutes ces informations en un simple clic. Les prochains utilisateurs pourront donc intégrer ces données pour calculer l’itinéraire le plus satisfaisant.

D’accord mais les jeux vidéos dans tout ça ? En fait, la carte est construite par les utilisateurs. Tout personne qui prend une route non présente dans l’application peut la rajouter pour l’enrichir. Tout les utilisateurs ont un nombre de points, et la mise à jour du réseau est assurée par la compétition qu’il existe entre eux : à la manière d’un pacman, des pastilles et des cerises (ou autres gros bonus) sont disséminés sur la carte; plus on en collecte, plus on a de points, mieux on est classé. Le système se met donc à jour tout seul sur seule stimulation de la compétition des utilisateurs.

Le plus célèbre mangeur de pastilles du monde

De fil en aiguille, je tombe sur un autre article de pop-up urbain intitulé « Si les gamers cartographiaient le monde » qui ouvre de nouvelles pistes de réflexions sur le sujet. Quel joueur n’est en effet pas familiarisé avec la cartographie, la représentation de l’espace et l’intégration d’éléments toujours nouveaux dans les cartes qui commencent à se faire vieilles. La séparation qui existait entre les cartes « virtuelles » et les cartes « réelles » semble commencer à s’estomper. Pas toujours adaptées aux attentes des usagers, les cartes classiques malgré l’évolution de leurs codes graphiques conservent dans leur forme une conception de l’espace toujours identique.

Les jeux vidéos et leurs cartes, conçues pour être immédiatement comprises par les joueurs peuvent-elles désormais imposer une partie de leurs codes ? C’est en partie ce qu’essaye de faire Here & There project, présenté comme étant une synthèse des différentes manières de représenter l’espace que l’on peut voir dans les jeux vidéos.

Here & There

Cartographie égo-centrée, elle met l’individu au centre de la carte en représentant à la première personne l’environnement proche pour se diriger vers une représentation de plus en plus proche de la cartographie classique pour les éléments éloignés. Vue détaillée pour le proche, vue d’ensemble pour l’éloigné.

Cet thème de cartographie centrée sur l’individu est également reprit dans la mise en place de « brouillard de guerre », élément présent dans les jeux de stratégie et qui rend invisible tout ce qui est éloigné du joueur. Pour « voir » plus loin et étendre sa connaissance du terrain, il faut donc se déplacer. Présente dans une application Iphone, l’utilisation du brouillard de guerre stimule l’utilisateur/joueur à explorer pour découvrir sa carte, et augmenter son score.

brouillard de guerre en ligne !

Dans cet idée, le servie Foursquare pousse encore plus loin le stimuli en assurant la comptabilité avec les réseaux sociaux. Il devient donc possible de signaler à ses amis où on est, mais également de leur localiser des services. Plus on cartographie de nouveaux services (bars, magasins …) ou plus on « ping » quand on les utilise, plus on gagne de points, la pertinence des informations étant un critère prit en compte. Le jeu fait qu’au final on obtient une localisation précise de tous les services d’un territoire avec des appréciations pour chacun d’entre eux.

GTA4, le plus urbain des jeux actuels, propose l’exploration d’une ville entière sur le modèle de New York. Google lui-même ne s’est d’ailleurs pas trompé dans ce domaine et propose aux joueurs une googlemap de « Liberty City », avec tous les services classiques qu’il propose habituellement, plus un certain nombre d’expérimentations ponctuelles qui permettent au géant d’internet de roder ses outils avant de les mettre en ligne dans la « vraie vie ».

Que conclure sur ces quelques nouvelles approches de l’espace ? Déjà la possibilité pour ces systèmes gratuits de s’imposer en proposant des services que des grandes structures auraient eu du mal à proposer, uniquement grâce à la bonne volonté des utilisateurs qui sont encouragés, à la manière d’un jeu, à se surpasser pour obtenir une récompense ou une reconnaissance.

Mirror's Edge, un jeu en milieu urbain dans lequel les toits sont particulièrement utilisés pour se déplacer... un indice sur mon prochain article 😉

C’est surtout cet aspect ludique qu’on retiendra : initiant une relation nouvelle avec la ville qui devient un terrain de jeu à ciel ouvert, tout pousse à la découverte, au déplacement, dans le seul but de participer à une réalisation commune dans un esprit bon enfant. Esperons que les cheaters ne viendront pas tout gâcher 🙂

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