Dépolluer le Gange, le défi titanesque de l’Inde

Gange 305x460 Dépolluer le Gange, le défi titanesque de lInde

Le Gange est le fleuve de tous les superlatifs. Long de 2.500 kilomètres, il traverse les principaux Etats du nord de l'. Son bassin (avec ses affluents) représente un quart de la surface du pays et plus de 400 millions d'habitants, ce qui en fait le plus peuplé du monde.

Vénéré par les hindous, source d’irrigation pour l’agriculture et véritable ligne de vie du nord de l’Inde, le Gange est souvent un égout à ciel ouvert. Des travaux pharaoniques sont à l’étude pour le nettoyer. Mais la facture promet d’être lourde.

Les Échos

Nettoyage

La France se place dans les travaux de préparation du nettoyage du Gange, où elle voit la possibilité à terme de contrats considérables pour des entreprises comme Veolia et Suez. Fer de lance de l’offensive : un financement octroyé par les autorités françaises sous forme d’un crédit Fasep (Fonds d’étude et d’aide au secteur privé) d’un montant de 1,25 million d’euros, qui permet à Egis, la filiale d’ingénierie de la Caisse des Dépôts, de réaliser des études pour le compte de la National Ganga River Basin Authority. Egis travaille à « finaliser le programme d’action, sortir les documents techniques, établir un contrat-cadre qui servira aux appels d’offres » à venir pour le traitement des eaux usées, explique Rémy Vandenbussche, responsable de l’opération chez Egis India, qui considère ce contrat comme très important sur le plan stratégique » . Chez Suez et sa filiale Degrémont, spécialisée dans la construction d’usines de traitement, on suit le projet de près.

A propos de l'auteur
Webmaster d'UrbaNews.fr. Curateur de la Revue de Presse. Diplômé de Master 1 en Urbanisme et Aménagement (IUL, UdM). Diplômé de premier cycle en architecture (ENSAL). Facebook | Twitter | LinkedIn | Google+
2 total comments on this postAjouter le votre
  1. Inde : fidèles hindous et écologistes manifestent contre la construction de barrages sur le Gange, à lire sur Le Monde.

  2. La dépollution du Gange est-elle un “défi titanesque” ?

    Sous le titre “Dépolluer le Gange, le défi titanesque de l’Inde”, le journal Les Echos du 14 Juin 2012 a publié long un article très documenté avec quantité de renseignements, chiffres et témoignages. L’article donne toutefois le sentiment pénible de manquer – on aurait envie de dire de masquer – l’essentiel.
    Le Gange est-il en effet avant tout le fleuve de “tous les superlatifs”, long de 2.500 km., avec un bassin faisant vivre 450 millions d’habitants aujourd’hui et 650 millions demain etc., ou l’essentiel, concernant le Gange, est-il son caractère sacré ? Sacré et profane, on le sait, sont inextricablement mêlés en Inde, et non exclusifs comme chez nous. Or le caractère sacré du Gange, l’article des Echos le mentionne sur le mode concessif, sans tenter d’en comprendre ni les tenants ni – surtout – les aboutissants. Cette minoration tient sans doute à la visée d’une publication comme Les Echos. Il se pourrait toutefois que, dans le cas du Gange, et même en ce qui concerne les intérêts d’entreprises françaises intéressées à sa dépollution, comme Suez et Veolia, l’ignorance et le mépris des particularités du grand fleuve sacré de la troisième religion du monde n’aboutisse, à court terme, à un désastre humain, politique et financier.

    Minoration du caractère sacré du fleuve
    L’article des Echos emploie presque toujours le mot “sacré” en contexte péjoratif. Dès l’introduction, on trouve : “détritus qui flottent sur les eaux sacrées” et : “la rivière sacrée ressemble alors surtout à un égout à ciel ouvert” ; puis : “le caractère sacré du fleuve contribue aussi à sa détérioration”, “les hindous ont laissé leur fleuve sacré tomber dans cet état”. Et l’article se conclut sur une formule dubitative enrôlant à nouveau le sacré : “Sauver un fleuve sacré, après tout, ça n’a pas de prix”.
    Le seul moment où le mot sacré n’est pas employé dans un environnement négatif est assez court pour pouvoir être cité en entier : “En résumé, le fleuve est une véritable ligne de vie pour la moitié nord de l’Inde. Un rôle qui ne date pas d’hier et qui contribue à son autre caractéristique : son caractère sacré. Pour les tenants de la religion hindoue, la rivière Ganga est considérée comme « la Mère », une déesse de premier plan dans leur panthéon. Se plonger dans ses eaux est un rituel de purification que tout hindou essaye de faire au moins une fois dans sa vie. L’eau du Gange est associée à de nombreux rituels et l’on y jette les cendres des défunts après leur incinération. Des festivals religieux rassemblent d’incroyables foules sur ses rives. Le Mahâ Kumbh Melâ de 2001 a vu plus de 60 millions de fidèles venir à Allahabad, en faisant « le plus grand rassemblement de l’histoire du monde », selon la Banque mondiale.”
    Rien n’est contestable dans ces lignes, si ce n’est que la seule référence en matière de sacré est … la Banque Mondiale. Et cette même Banque Mondiale est citée cinq fois dans l’article, sans compter les propos de l’un de ses représentants, également mentionnés. Ainsi, la Banque Mondiale est l’autorité la plus sollicitée de cet article sur la dépollution du dernier grand fleuve sacré de la planète.
    Les autres références de l’article des Echos sont celles du The Energy and Resources Institute (TERI) soutenu par des organismes anglo-saxons tels le DEFRA, qui ont peu à voir avec le sacré. Autre témoignage, sollicité à deux reprises, celui de Rémy Vandenbussche, chargé du « projet Gange » chez le groupe d’ingénierie française Egis. L’article précise qu’Egis est une filiale de la Caisse des Dépôts, qui bénéficie d’un crédit de 1,25 millions d’euros du gouvernement français pour des études sur la dépollution du Gange, la France voyant “dans les travaux de préparation du nettoyage du Gange (…) la possibilité à terme de contrats considérables” pour certaines de ses grandes entreprises.
    Il n’y a, a priori, rien de blâmable à ce que l’aide apportée par la France à la dépollution du Gange puisse se traduire un jour par “de beaux contrats” pour les entreprises de notre pays. D’où vient alors l’indéniable malaise que suscite cet article des Echos ?
    Ce malaise, Le Canard Enchaîné l’a tout de suite épinglé : “En Inde aussi, on parle beaucoup de respect de l’environnement et on multiplie, sur le papier, les projets. Ainsi Les Echos (14/6) célèbrent le « défi titanesque de l’Inde : dépolluer le Gange ». Des travaux sont à l’étude pour « nettoyer ce fleuve, vénéré par les Hindous », mais qui « est souvent un égout à ciel ouvert. (…) La facture promet d’être lourde, et de nombreuses dizaines d’années seront nécessaires ». De nombreux milliards d’euros également. A moins que le projet ne tombe à l’eau”. (Le Canard Enchaîné, 20/6/2012).

    Un scepticisme aussi dérangeant qu’officieux
    Le malaise procuré par l’article des Echos tient d’abord au scepticisme de son arrière-plan. Une sorte de duplicité langagière qui trouble, saborde, et finalement invalide le discours d’honnête coopération politique et économique que l’article est censé promouvoir : “Certains spécialistes en arriveraient presque à douter du bien-fondé du projet. « Vu la facture prévisible, on peut se demander si l’Inde ne ferait pas mieux de construire des routes ou des écoles », entend-on en privé”. Compte tenu de la nature du propos – une mise en doute du bien-fondé des projets de l’Etat indien – le lecteur est tenté de croire que ce “spécialiste” discret, cartésien, et quelque peu hypocrite, ne peut être que Français.
    Mais alors ledit spécialiste, telle Pénélope, travaillerait officiellement le jour à un projet qu’il démolirait, le soir, auprès des journalistes ? Ce travail de sape au défi « titanesque » ou « pharaonique » de l’Etat indien semble en tout cas suffisamment corrosif pour que le journaliste intitule la partie conclusive de son article : “scepticisme latent”. Et plusieurs passages enfoncent le clou : “Personne ne se risque à pronostiquer l’ampleur de la tâche. De nombreuses dizaines d’années et beaucoup, beaucoup d’argent seront nécessaires” ; “Objectif : éliminer tout rejet d’eau non traitée dans le Gange d’ici à 2020 ! Ce que les spécialistes les plus polis estiment extrêmement ambitieux… ” On craint d’imaginer ce que peuvent dire (en privé, toujours) les moins polis de ces « spécialistes ».
    Heureusement, pour d’autres – que le journaliste laisse stratégiquement conclure – le projet est non seulement justifié mais “fondamental”, car lié au problème de l’eau, il est “ambitieux mais pas impossible”, pour Rémi Vanderbrussche, chargé du projet Gange chez Egis.
    Et l’article esquisse quelques pistes pour un traitement optimiste du projet. Mais on a le sentiment que le journaliste les mentionne par acquit de conscience. Ainsi un Indien responsable du programme eau du Centre for Science and Environment de Delhi estime qu’il n’y aura jamais assez d’argent pour construire des usines de traitement partout et prône l’utilisation de “technologies non conventionnelles comme des bassins de décantation”. Le journaliste ne s’étend pas sur ce sujet essentiel.

    Caricature des « leaders religieux »
    Pourtant cette idée de bassins de décantation qualifiée ici de “non conventionnelle” est très connue en Inde, c’est celle que propose depuis des années l’ONG Sankat Mochan, présidée par le médiatique Mahant Veer Bhadra Mishra. Ce projet écologique, soutenu par des scientifiques environnementalistes américains, a valu au Mahant d’être nommé “héros de la Planète” en 1999. Le Mahant Veer Bhadra Mishra est très connu des journalistes français, car il est à la fois religieux et scientifique, grand prêtre d’un temple et professeur d’université. Pas une émission occidentale sur Bénarès où il n’apparaisse. Et il a été invité à Paris en 2008 par l’université populaire du Quai Branly en tant que “Grand Témoin”.
    Le Mahant était donc tout indiqué pour parler à la fois de la pollution du Gange, et du caractère sacré du fleuve. Tout en enseignant à l’Université, il a pris chaque matin de sa vie un bain rituel dans le Gange, dont il boit rituellement, chaque jour, à l’instar de millions d’autres Hindous, une gorgée d’eau sacrée. Pourquoi le journaliste ne l’a-t-il pas interrogé, alors que celui-ci parle un excellent anglais, que Bill Clinton lui-même a tenu à le rencontrer lors de son dernier passage en Inde, qu’il n’est aucunement difficile d’accès ? D’autant qu’il fait partie précisément, au titre de la société civile, du NGRBA, l’autorité mise sur pied par le Gouvernement Indien pour dépolluer le Gange, autorité que cite à plusieurs reprises cet article des Echos.
    Comme porte-parole de l’hindouisme, l’auteur de l’article donne la parole à … une Américaine, disciple d’un certain Pujya Swami. Elle tient, sous le nom de Sadhvi Bhagawati les propos sentimentalistes et éducationnels de beaucoup d’Américaines ayant trouvé en Inde un sens à leur vie : il faut “faire évoluer les mentalités’’ des “Indiens pauvres’’ qui jettent au Gange des offrandes de fleurs enveloppées dans des sacs en plastique. Certes. Et d’abord interdire l’usage des sacs en plastique aux abords du Gange, comme cela se fait depuis des années dans certains hauts lieux touristiques de l’Inde, comme Ooty, dans le Tamil Nadu.
    Plus grave : lorsqu’un spécialiste indien du Centre for Science and Environment de Delhi souligne auprès du journaliste des Echos l’importance de l’engagement des leaders religieux dans la bataille : “Nos langages sont différents mais nos objectifs sont les mêmes”, le journaliste se permet, sans le moindre argument, de contester cette opinion : “Ce n’est malgré tout pas toujours le cas. Là où les environnementalistes ne voient pas d’un mauvais œil les barrages en amont du fleuve, Pujya Swamiji dénonce une atteinte intolérable au flot divin et prône un remplacement total de l’hydroélectricité par de l’énergie solaire.”
    Tout d’abord, qui est ce Pujya Swamiji cité ici comme représentatif des leaders de l’hindouisme ? Le mot “pujya” veut simplement dire “honorable, respecté, digne de puja” et ne désigne aucun personnage concret. En Inde, on le sait, n’importe qui peut prendre l’habit orange, porter des dreadlocks, se présenter comme un gourou, prêcher en anglais à des disciples occidentaux et, parfois, faire fortune. Les exemples abondent. On appelle cela en Inde le “religion business”. Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de véritables autorités dans l’hindouisme, pas de “leaders religieux”, de dirigeants sensés, cultivés, informés du monde moderne et d’une intellectualité de haut niveau ?
    Au moment où le journaliste des Echos écrivait son article et au moment où il l’a publié, six renonçants (sadhus) deux femmes et quatre hommes étaient en grève de la faim et de la soif, hospitalisés, alimentés de force à l’hôpital de Bénarès, où ils risquaient de mourir d’un moment à l’autre. Celui qui avait lancé depuis plusieurs mois ce mouvement de protestation contre l’inaction des pouvoirs publics était un ancien scientifique réputé, spécialiste d’hydrologie, qui avait pris l’habit monastique pour une cause qu’il n’arrivait pas à défendre efficacement dans la vie profane, décidant un “tapasya”, un jeûne illimité, pour obliger les pouvoirs publics à sauver le Gange, la déesse Ganga des Hindous.
    Le journaliste des Echos ne souffle mot de cette lutte dont bruissait cependant Bénarès à l’époque où il est allé interviewer cette Américaine disciple d’un obscur gourou. Pourtant, le quotidien le plus lu au monde, Dainik Jagran (56 millions de lecteurs) en faisait état chaque jour, contrairement aux médias anglophones, aussi anglophones que son informatrice américaine et que son anglophone de gourou.
    Et c’est ici où le bât blesse. La quasi-totalité des journalistes envoyés en Inde par des quotidiens occidentaux ne parlent ni ne lisent aucune langue indienne – ce qu’on ne peut leur reprocher – mais ne prennent presque jamais non plus la précaution de travailler avec des interprètes. Leurs articles reflètent donc ce qui se dit dans leurs hôtels climatisés, ce que disent les journaux anglophones, les bateliers anglophones du Gange, les gourous anglophones et leurs disciples occidentaux. Cela donne des articles apparemment sérieux et informés, rarement objectifs.
    L’affirmation du journaliste selon laquelle les barrages en amont du fleuve auraient l’aval des environnementalistes est plus difficile à comprendre. Quels enrironnementalistes ? ceux du Wildlife Institute of India n’ont approuvé que deux des 34 barrages projetés (voir Le Monde du 22/6/2012). Et comme le décrit la pétition que nous avons lancée sur Internet (Avaaz : Ne laissons pas mourir le Gange !), “depuis sa mise en service en 2006, le gigantesque barrage de Tehri de 52km carrés, dans l’Himalaya, a divisé par cinq le cours de la Baghirati, le principal affluent du Gange, qui cesse totalement de couler à certaines époques de l’année. Cette diminution du flot affecte les propriétés curatives des eaux du Gange qui perdent les capacités d’auto purification qui permettaient – en dépit des égouts et des eaux toxiques déversés sur son cours par les municipalités et les usines – que des millions de pèlerins se lavent rituellement dans son eau et en boivent une gorgée chaque jour, sans catastrophe sanitaire majeure”.
    Il suffit de consulter Internet, pour voir combien ce barrage énorme, bâti sur une faille sismique, est contesté par les environnementalistes indépendants – ceux des ONG, bien sûr, et non ceux qui sont subventionnés par les entreprises intéressées à la surexploitation du Gange. Or le barrage de Tehri n’est que la première phase d’un projet lancé dans les années 1960, subventionné à l’époque par l’URSS, et ce projet doit comprendre quatre autres phases, destinées à détourner l’eau du fleuve sacré pour irriguer des régions désertiques ou produire de l’électricité.
    Les leaders religieux de l’Hindouisme, comme le shankaracharya de Dwarka et Jyotispith, Swami Swarupanand Sarasvati, sont donc intéressés au premier chef à la dépollution du Gange, aux solutions à trouver, aux décisions à prendre pour que l’eau du Gange puisse continuer à couler et à être bue par les millions de fidèles qui voient dans la descente du fleuve sacré sur terre la marque du divin. Ces leaders religieux s’entourent de personnalités des autres religions, de musulmans, de chrétiens, de jains, et aussi d’athées, d’environnementalistes qui veulent préserver le Gange. Ignorer, mépriser ou caricaturer leur bataille, c’est laisser le champ libre aux forces extrémistes, autrement mieux organisées politiquement et financièrement, et qui prétendent monopoliser la défense de l’hindouisme en désignant les minorités religieuses et les pays occidentaux comme boucs émissaires.
    La dimension sacrée du Gange est indispensable à prendre en compte si l’on veut étudier le problème sans a priori. Et si la France veut réellement participer au sauvetage du Gange, sans double langage et sans cynisme, il faudra faire preuve de moins d’européocentrisme, admettre qu’à côté de Descartes existe Shankara, écouter les personnes compétentes, les militants de terrain, lire ou se faire traduire les journaux hindis. Ecouter, par exemple, ceux qui affirment que les systèmes électriques de dépollution ne peuvent être efficaces en Inde, en raison du coût de l’électricité. Qu’il faut absolument privilégier les systèmes de décantation, qui coûtent moins cher – et sont donc moins susceptibles de détournements de fonds, ce qui ne fait évidemment pas le bonheur de tout le monde en Inde.
    Donc, non, la dépollution du Gange n’est un défi ni “titanesque”, ni “pharaonique”. C’est le défi indispensable d’une culture vivante. Ne pas laisser mourir le Gange est l’un des grands défis planétaires d’aujourd’hui.

    Jean-Louis Gabin.

2 total pingbacks on this post
Soumettez votre commentaire

Merci d'indiquer votre nom

Votre nom est obligatoire

Merci d'indiquer une adresse mail valide

Une adresse mail est obligatoire

Merci d'indiquer votre message

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

Tous les articles par date

Tous les articles par catégorie

UrbaNews.fr © 2013 All Rights Reserved

Actualité : Urbanisme, Architecture et Aménagement du Territoire

Theme by WPShower

Powered by WordPress