#1 Quelles perspectives pour l’emploi des jeunes urbanistes dans les collectivités locales ?

Si comme moi vous voilà arrivé, largués pour certains sur le marché de l’ depuis plusieurs mois, cette question s’est peut être déjà transformée en un refrain insistant, ponctuant l’écriture de vos lettres à recruteurs ou les premières minutes de vos nuits insomniaques.

A en croire la dernière enquête menée par le CNJU en 2010 sur la question, le taux de chômage des jeunes urbanistes demeure à l’issue de leur formation relativement faible, aux alentours de 8%. Mieux encore, pour 44% des répondants, la période d’inactivité entre la fin de leur cursus et le début de leur vie professionnelle n’excède pas un mois et 66% trouvent du travail dans leur domaine avant trois mois de chômage, tout au plus.

graphique insertion urbaniste #1 Quelles perspectives pour l’emploi des jeunes urbanistes dans les collectivités locales ?

Graphique tiré de l'enquête nationale sur l'insertion professionnelle des jeunes urbanistes menée par le CNJU en 2010

Derrière ce tableau plutôt positif se cachent néanmoins de fortes disparités selon le cadre de formation. Plus précaires dans leur premier emploi que les autres, recrutés dans 66% des cas en contrat à durée déterminé, les jeunes urbanistes issus du monde universitaire restent moins bien lotis que ceux étant passés par d’autres formations ou ayant complété leur cursus initial (ingénieur ou architecte) par une année de master en .  A l’instar de ce constat la part des cadres chez les jeunes urbanistes de formation universitaire demeure moins importante (62%) que pour ceux issus d’écoles de commerce, d’ingénieur ou d’architecture (68%).

L’incertitude des crises et de la croissance

Lors de l’enquête, le CNJU avait rappelé de manière implicite le poids de la crise sur l’insertion professionnelle des jeunes urbanistes en établissant une comparaison entre deux promotions successives. Pour la promotion la plus directement confrontée aux conséquences de la crise, celle de 2008, le temps d’insertion était  apparu logiquement plus long et incertain que pour la suivante, celle de 2009.

Aujourd’hui, la faillite de la principale banque des françaises Dexia, intervient dans un contexte économique particulièrement tendu, non seulement au plan mondial mais aussi et variablement, au niveau local. Cessation de paiement virtuelle pour près d’un quart des conseils généraux, hausse des dépenses sociales liées à la crise et baisse parallèle de certaines recettes, emprunts à risques, taux d’intérêt élevés,… Les collectivités doivent faire face à des situations financières délicates et cela d’autant plus que l’investissement public, seule variable d’ajustement pour elles, tend à se réduire considérablement, de l’ordre de 3 milliards d’euros en 2011 d’après les dires de l’Assemblée des départements.

Aménageurs et urbanistes en collectivités : parents pauvres des recrutements ?

Selon une enquête de l’observatoire de l’emploi, des métiers et des compétences de la fonction publique territoriale, en 2011,  ce sont plus d’un tiers des collectivités qui prévoient de ne pas remplacer la totalité des départs définitifs et même « …de supprimer des postes ou différer certains de leurs recrutements. » La chance des jeunes urbanistes concernés par ces emplois, demeure l’importance des départs définitifs qui devraient faire l’objet de remplacements, principalement dans les communes de plus de 20 000 habitants, les EPCI et les départements. En tout, ce sont près de 1030 postes liés directement ou indirectement aux formations d’urbanisme et d’aménagement du territoire qui devraient être créés ou remplacés durant cette année (dont 350 en urbanisme et aménagement,  140 en transport et déplacements, 190 en environnement, 180 en action économique et développement local, 40 en politique de la ville, etc.).

fonction publique et emploi 2011 #1 Quelles perspectives pour l’emploi des jeunes urbanistes dans les collectivités locales ?

Tableau récapitulatif des prévisions d'emploi selon l'observatoire des métiers et des compétences de la fonction publique territoriale (2011)

Comparer à d’autres secteurs de recrutement, tels que celui des services à la personne et des prestations sociales (14 600 emplois à pourvoir) ou encore celui des interventions techniques (9110 emplois), celui des politiques publiques de développement paraît presque anecdotique dans ses prévisions d’emplois. Un paradoxe, surtout lorsque l’on sait à quel point le développement local et les stratégies d’aménagement pèsent parfois dans la balance de l’innovation et de la relance économique.

Géographiquement, les Régions qui envisagent le plus de recrutements semblent invariablement les mêmes d’une année sur l’autre. Ce sont globalement les Régions les plus attractives et les plus dynamiques qui pourvoiront à l’emploi dans le secteur public. L’Ile de France (24%), la Bretagne (11%), le Rhône Alpes (8%) et le Nord Pas de Calais (8%) devraient ainsi accueillir plus d’un recrutement sur deux cette année, tous secteurs d’emploi confondus.

Quelle est la situation des jeunes urbanistes au sein des collectivités ?

 Les emplois publics liés aux collectivités représentaient selon l’enquête du CNJU la majorité des recrutements et des premières expériences pour les jeunes urbanistes avec 33% de part d’effectif, juste devant ceux du domaine de la consultance privée (31%). Dans la plupart des cas, les jeunes urbanistes oeuvrant au sein des collectivités disposent à 90% d’un contrat en CDD, contre 32% en bureau d’étude ou structure privée. Malgré ce statut d’emploi « précaire », ils restent nombreux à bénéficier d’un exercice professionnel de « cadre » et de postes à responsabilités (75% environ). Pour 40%, soit la majorité des jeunes urbanistes, le salaire varie au premier emploi entre 1500 et 1800 euros net et légèrement à la hausse pour les jeunes urbanistes issus des formations non universitaires. A plus ou moins courts termes les conditions d’emploi des urbanistes issus des formations universitaires, toujours exclus notamment du concours d’ingénieur territorial, pourraient se fragiliser. Dans un contexte qui fait de la réduction des effectifs et de la rationnalisation des dépenses (y compris sur les salaires face au niveau de compétences justifié), des prérogatives intériorisées par les acteurs du public, l’avenir des jeunes urbanistes paraît relativement incertain et dépendant pour partie, de la santé future des instances étatiques comme de la croissance des territoires sur lesquels elles trouvent leur place.

 A suivre : #2 Quelles perspectives pour l’emploi des jeunes urbanistes dans le privé ?

A propos de l'auteur
Diplômé de l'Institut d'Urbanisme de Grenoble en Urbanisme et Projet Urbain, de l'Université de Poitiers et de Moncton (Canada) en Géographie et Sciences Politiques.
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