Le « Black Thursday » est ce fameux « jeudi noir » du 24 octobre 1929 au cours duquel a éclaté le premier krach boursier du XXème siècle, entrainant une crise économique mondiale. Ce krach est la conséquence d’une bulle spéculative gonflée par un système mis en place en 1926 aux Etats-Unis : il permet les achats à crédit d’actions avec des fonds réels investis représentant seulement 10% de l’argent emprunté. Avec le temps, les actionnaires espéraient revendre leurs actions à un prix bien supérieur à celui d’achat. Bien entendu, c’est aujourd’hui dans la même perspective que les boursicoteurs investissent.
La bulle immobilière que dénoncent les membres du collectif « Jeudi Noir », en France, comporte quelques similitudes avec les mécanismes de la crise de 1929 : de plus en plus de propriétaires préfèrent laisser leurs biens inhabités et attendre que les prix du foncier montent plutôt que de s’encombrer de locataires et de toutes les responsabilités que cela implique – bail de trois ans, impossibilité d’éjecter durant la trêve hivernale, décence des lieux occupés.
Le nom de « Jeudi Noir » fait également écho au jour de parution de l’hebdomadaire « De Particulier à Particulier » : à chaque nouvelle petite annonce immobilière, ce sont des dizaines de personnes en recherche de logement qui attendent de pouvoir visiter un appartement bien souvent au-dessus de leurs moyens. Partant du constat qu’il est impossible pour un jeune adulte gagnant le SMIC de se loger décemment dans la capitale, le collectif « Jeudi Noir » rassemble tous les « galériens du logement », comme ils se définissent eux-mêmes, qui veulent dénoncer la logique mercantile des propriétaires et le DALO (Droit Opposable Au Logement), loi publiée par le gouvernement le 6 mars 2007 au Journal Officiel.
Leurs actions vont de l’occupation pour quelques heures d’un appartement à louer, en passant par le « sitting » dans des agences immobilières afin de dénoncer les commissions et les frais excessifs, jusqu’au squattage d’immeubles inoccupés. Depuis le 31 décembre 2009, les militants se sont ainsi installés, place des Vosges, en plein cœur du quartier du Marais, dans un magnifique hôtel particulier, « La Marquise », de 1000m² resté vide depuis plus de 44 ans – ce qui représente environ 20 millions d’euros de loyer non perçus par la propriétaire.
Cette occupation pose la question de la légitimité de l’exercice de deux droits essentiels : le droit au logement et le droit de propriété. Quand ce dernier est inexercé, quand un logement s’avère laissé à l’abandon depuis des années, n’est-il pas justifié de dénoncer cet état de fait, éventuellement par une réquisition pure et simple des locaux ? Comment expliquer que de telles surfaces demeurent inoccupées lorsque l’on sait que, selon la Fondation Abbé Pierre, cent mille personnes vivent dans la rue, que quarante-neuf mille individus sont « privés de domicile personnel » et vivent en foyers, habitats de fortune, chez des tiers ou à l’hôtel, et que plus de deux millions de personnes habitent dans des logements précaires, insalubres ou surpeuplés ? A Paris, aujourd’hui, 136 554 logements sont laissés vides…
Source et Photos : France Inter











